Giorgia Meloni n'est ni "fasciste", ni "post-fascite" mais conservatrice, souverainiste et patriote - Par Maxime Tandonnet, Frédéric Le Moal et Philippe Bilger
« Post fascisme , vous disiez? | «Maxime Tandonnet – Mon blog personnel (wordpress.com)
Frédéric Le Moal est docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr. Auteur de nombreux ouvrages remarqués, il a notamment publié « Victor-Emmanuel III. Un roi face à Mussolini » (Perrin, 2014), traduit en italien, « Histoire du fascisme » (Perrin, 2018), prix Ernest-Lemonon de l'Académie des sciences morales et politiques, et « Pie XII. Un pape pour la France. Enquête sur le conclave de 1939 » (Éditions du Cerf, 2019). Son nouveau livre, « Les Hommes de Mussolini » (Perrin, 364 p., 24 €), paraît le 29 septembre.
LE FIGARO. - L'adjectif « postfasciste » est employée par de nombreux médias pour qualifier Giorgia Meloni. Que vous inspire cette appellation ?
Frédéric LE MOAL. - Un certain scepticisme, je dois l'avouer car elle est de nature à jeter de la confusion dans le débat politique, voire à imprimer une marque infamante à Giorgia Meloni. En effet, cette expression permet de l'enchaîner au fascisme malgré l'évidence politique qui saute aux yeux. Certes, le parcours politique de Giorgia Meloni la rattache au fantôme du fascisme. D'abord par ses déclarations de jeunesse en faveur de Mussolini, dont ses adversaires, dans le monde politique et médiatique, font un usage immodéré. Les mêmes, notons-le, que l'on trouve beaucoup moins vigilants quand il s'agit du passé trotskiste ou maoïste de certaines personnalités. Ensuite par l'évolution politique de son parti, issu d'une scission d'Alliance Nationale, elle-même héritière du MSI qui, lui, se revendiquait sans ambiguïté du fascisme de la République de Salò, un fascisme radical, républicain, socialiste et jacobin. Or cette mutation incessante à force de dédiabolisation et d'épuration des éléments radicaux, interdit de rattacher le «melonisme» au fascisme. Elle n'est pas post-fasciste mais conservatrice, souverainiste et nationaliste.
Frédéric Le Moal: «Peut-on vraiment qualifier Giorgia Meloni de “post-fasciste” ?»
Le spécialiste de l'histoire du fascisme revient sur les qualificatifs utilisés pour désigner la probable future présidente du Conseil italien. Sur le plan historique et politique, on ne peut établir une filiation idéologique entre le programme de Giorgia Meloni et celui du fascisme mussolinien, argumente-t-il.Frédéric Le Moal est docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr. Auteur de nombreux ouvrages remarqués, il a notamment publié « Victor-Emmanuel III. Un roi face à Mussolini » (Perrin, 2014), traduit en italien, « Histoire du fascisme » (Perrin, 2018), prix Ernest-Lemonon de l'Académie des sciences morales et politiques, et « Pie XII. Un pape pour la France. Enquête sur le conclave de 1939 » (Éditions du Cerf, 2019). Son nouveau livre, « Les Hommes de Mussolini » (Perrin, 364 p., 24 €), paraît le 29 septembre.
LE FIGARO. - L'adjectif « postfasciste » est employée par de nombreux médias pour qualifier Giorgia Meloni. Que vous inspire cette appellation ?
Frédéric LE MOAL. - Un certain scepticisme, je dois l'avouer car elle est de nature à jeter de la confusion dans le débat politique, voire à imprimer une marque infamante à Giorgia Meloni. En effet, cette expression permet de l'enchaîner au fascisme malgré l'évidence politique qui saute aux yeux. Certes, le parcours politique de Giorgia Meloni la rattache au fantôme du fascisme. D'abord par ses déclarations de jeunesse en faveur de Mussolini, dont ses adversaires, dans le monde politique et médiatique, font un usage immodéré. Les mêmes, notons-le, que l'on trouve beaucoup moins vigilants quand il s'agit du passé trotskiste ou maoïste de certaines personnalités. Ensuite par l'évolution politique de son parti, issu d'une scission d'Alliance Nationale, elle-même héritière du MSI qui, lui, se revendiquait sans ambiguïté du fascisme de la République de Salò, un fascisme radical, républicain, socialiste et jacobin. Or cette mutation incessante à force de dédiabolisation et d'épuration des éléments radicaux, interdit de rattacher le «melonisme» au fascisme. Elle n'est pas post-fasciste mais conservatrice, souverainiste et nationaliste.
La victoire de Fratelli d'Italia constitue une réponse démocratique et conservatrice à la crise d'une mondialisation destructrice des identités nationales et aux défis d'une immigration incontrôlée.
Philippe Bilger: Giorgia Meloni n’est pas fasciste !
Parmi toutes les réactions politiques et médiatiques nous annonçant le retour du fascisme avec la position dominante, au sein de l’union des droites, du parti de Giorgia Meloni – Fratelli d’Italia – ou au moins du post-fascisme, une lucidité, celle de Julien Dray sur CNews reprochant à la gauche et à l’extrême gauche de dire n’importe quoi et de ne rien comprendre au phénomène italien. Elles ne sont pas les seules.Dieu, famille, patrie
Ursula von ver Leyen, pour le compte de l’Europe maestrichienne, en parlant comme Michel Onfray, dénonce ce résultat électoral pourtant incontestable sans s’interroger une seconde sur le droit des nations à privilégier leur souveraineté par rapport à une bureaucratie et à des instances européennes visant à remplacer les peuples par des structures à la fois désincarnées mais terriblement intrusives. Giorgia Meloni a déclaré en 1996 – elle avait 19 ans – que Mussolini avait gouverné pour le bien de l’Italie mais depuis elle a changé d’avis, révisé ses positions et accepté de participer à l’entente européenne mais en affirmant vouloir en changer les règles. Bon courage : d’autres l’ont promis sans essayer, l’ont essayé sans rien infléchir.
Ursula von ver Leyen, pour le compte de l’Europe maestrichienne, en parlant comme Michel Onfray, dénonce ce résultat électoral pourtant incontestable sans s’interroger une seconde sur le droit des nations à privilégier leur souveraineté par rapport à une bureaucratie et à des instances européennes visant à remplacer les peuples par des structures à la fois désincarnées mais terriblement intrusives. Giorgia Meloni a déclaré en 1996 – elle avait 19 ans – que Mussolini avait gouverné pour le bien de l’Italie mais depuis elle a changé d’avis, révisé ses positions et accepté de participer à l’entente européenne mais en affirmant vouloir en changer les règles. Bon courage : d’autres l’ont promis sans essayer, l’ont essayé sans rien infléchir.
