Eugénie Bastié : «Comment l’antiracisme a réinventé le racisme»
Voyage au centre du malaise français, livre du sociologue Paul Yonnet publié en 1993 qui auscultait le phénomène SOS-Racisme, reparaît. Un essai prophétique et capital.
15 juin 1985, place de la Concorde. Des centaines de milliers de jeunes sont venus assister à la «fête des potes» organisée par SOS-Racisme. Dans ce grand «festival musical multiracial», Marek Halter, Bernard-Henri Lévy, et Guy Bedos se tiennent la main tandis que chantent Francis Cabrel et Jean-Jacques Goldman. Harlem Désir proclame son catéchisme benêt à la tribune: «Pour la France multiculturelle, pour que la logique de l’amitié l’emporte toujours sur celle de la haine et de la mort.»What else? 35 ans plus tard, la Concorde a laissé place à la discorde, l’utopie multiculturelle à la partition territoriale, la petite main jaune au voile islamique, l’exaltation du black-blanc-beur à l’obsession racialiste, et les hérauts de SOS-Racisme n’en finissent pas d’être dévorés par leurs héritiers woke.
Ce que démontre magistralement Paul Yonnet dans son livre Voyage au centre du malaise français, publié en 1993 et réédité ces jours-ci par l’Artilleur, c’est que tout ceci était écrit d’avance. Dans cet essai capital et prophétique, le sociologue, spécialiste du sport et des loisirs, contributeur régulier à la revue Le Débat, entreprenait de décortiquer ce phénomène de société que fut l’antiracisme militant des années 1980. Avec une pénétration et une finesse d’analyse rare (malheureusement gâchées par moments par une langue obscure), il en retrace la généalogie, en analyse la propagande et en prédit les conséquences terribles.
En détruisant le creuset de la nation, jugé excluant, on aboutit finalement au triomphe des communautés. L’antiracisme des années 1980 n’a pas été trahi par le néo-antiracisme à la sauce woke, il en est la source.

