Taxer les super profits ? Petit rappel de la répartition des richesses créées par le CAC 40 - Par Nicolas Marquès

Dans une interview donnée au Parisien et publiée samedi 27 août, Elisabeth Borne a expliqué de ne pas "fermer la porte" à une taxation des super profits des entreprises pour "rendre du pouvoir d'achat aux français". Pourtant, surcharger les entreprises d’impôts pénalise au final les ménages.


Atlantico : 73 milliards d’euros, “ce sont les bénéfices réalisés par les entreprises du CAC40 sur le seul premier semestre 2022” souligne Adrien Quatennens qui appelle à la taxation des superprofits des entreprises. Mais dans le détail, comment se répartit véritablement la richesse des entreprises du CAC 40 entre salaires, impôts et dividendes ?

Soulignons d’abord que les résultats du CAC 40 sont bons mais n’ont rien d’astronomiques. Dans les 9 derniers mois, Apple a gagné 79 milliards de dollars. C’est autant que les 40 entreprises du CAC 40 au premier semestre. Soulignons ensuite que prétendre que ces grandes entreprises échappent à l’impôt et fonctionnent au profit exclusif des actionnaires est un non-sens.

Au-delà des consommateurs, les salariés et les administrations publiques sont les premiers intéressés à la création de richesse générée par les entreprises du CAC 40. Nous avions calculé à l’Institut économique Molinari que la contribution sociale et fiscale de ces entreprises représentait 389 milliards d’euros dans le monde en 2019. Ces 389 milliards d’euros ont distribué 267 milliards d’euros aux salariés (69 %), 80 milliards d’euros aux administrations publiques en France et à l’étranger (20 %) et 42 milliards d’euros nets d’impôts aux actionnaires (11 %).

Certains prétendent que certaines entreprises ne paieraient pas assez d’impôts sur les sociétés mais ils passent sous silence que les impôts sur les sociétés sont calculés à due proportion des bénéfices. Si ces derniers ne sont pas au rendez-vous, il est normal que l’impôt soit faible voire nul. Et, on oublie trop souvent que la faiblesse des bénéfices en France est souvent liée à notre très forte fiscalité en amont des bénéfices. Selon nos calculs, en 2021, les excédents nets d’exploitation représentent à peine 17 % de la valeur ajoutée nette en France, contre 26% dans l’Union européenne, soit un écart de 9 points ou 35%. Loin d’être passager, ce manque de compétitivité est lié au caractère hors normes des cotisations sociales et des impôts de production français. Ces derniers, problématiques lorsque les résultats des entreprises se dégradent, sont particulièrement délétères pour les activités à marges faibles. Ces impôts poussent aux délocalisations et aux destructions d’emplois dans l’Hexagone. Dans plusieurs pays, ces impôts déconnectés des résultats des entreprises sont devenus anecdotiques (Espagne), ont disparu (Pays-Bas) voire sont devenus négatifs, la production étant subventionnée (Allemagne). Les insoumis devraient militer pour qu’on démantèle la fiscalité de production française, machine à laminer l’emploi hexagonal.