Arménie / Azerbaïdjan, reprise de la guerre - Par John Mackenzie
L’armée azerbaidjanaise a déclenché dans la nuit du 12 au 13 septembre une offensive de grande ampleur sur différents points de la frontière avec l’Arménie, provoquant de graves dommages matériels et la perte d’une cinquantaine de soldats arméniens. Retour sur les événements et une mise en contexte des enjeux de ce conflit.
Le terrible scénario de la guerre lancée il y a deux ans contre l’Artsakh est-il en train de se rejouer avec cette fois l’Arménie dans le viseur de l’Azerbaïdjan ? La question se pose alors que l’armée azérie a lancé le 12 septembre une offensive qui a déjà fait au moins une cinquantaine de morts. Le nouvel acte d’une guerre interminable se déroule, à présent non pas autour du Karabagh, mais sur le territoire souverain de la République d’Arménie.
Goulot d’étranglement qui unit l’Arménie à l’Iran, l’étroite bande montagneuse du Siunik / Zanguezour est l’objet d’un litige entre les deux voisins ennemis. Mais ce bastion du nationalisme arménien est aussi et surtout le dernier verrou stratégique qui barre la jonction entre l’Azerbaïdjan, son exclave du Nakhitchevan, elle-même reliée au territoire turc par une bande de 9 kilomètres de frontière obtenue en 1921 par les traités de Kars et de Moscou conclus entre bolchéviques et kémalistes. Depuis lors, les Azéris, qui considèrent ce territoire comme historiquement leur, ne se sont jamais satisfaits de cette situation et cultivent depuis des générations une forme d’irrédentisme aux accents belliqueux. Si les Azéris parviennent à mettre la main dessus, l’Arménie se retrouvera privée d’accès à la fois au Haut-Karabagh et à l’Iran. Autrement dit, menacée dans ses entrailles.
La récente guerre du Karabagh qui s’est soldée par un cessez-le-feu aux conditions léonines pour la partie arménienne n’avait pas satisfait les Azéris. Tout d’abord, ils se sont vus contraints d’accepter sur place la présence d’une force russe de maintien de la paix, perçue par l’opinion azérie comme une armée d’occupation ; ensuite ils n’ont pas obtenu l’écrasement total du Karabagh arménien, enfin depuis novembre 2020, ils s’acharnent à obtenir de gré ou de force un corridor souverain dans le Siunik. Pourtant, le texte de l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre ne fait pas allusion explicitement à un corridor mais parle d’ouverture de voies de communication. Enfin Bakou qui considère que le différend arméno-azéri ne se règlera que par les armes, considère que pour obtenir l’abandon du Karabagh par l’Arménie et l’obtention d’un corridor souverain dans son flanc sud ne pourra être obtenu que dans le cadre d’une capitulation totale d’Erevan. Ce faisant, les Azéris ont tout à gagner en poussant jusqu’au bout l’adversaire profitant d’un rapport de force avantageux et de l’isolement diplomatique de l’adversaire.
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