Les écogestes du gouvernement: «On quitte le domaine de l'efficacité énergétique pour rentrer dans celui de la morale»

L'exécutif a annoncé le lancement d'une campagne de communication sur les écogestes à adopter durant la crise énergétique. Pour le directeur de l'institut Sapiens Olivier Babeau, cette politique des petites gestes camoufle la responsabilité de l'État, en la déléguant simultanément aux Français.


Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, a annoncé le lancement le 10 octobre prochain d'une campagne de communication sur les écogestes. En quoi consistent les écogestes ? Sont-ce des mesures de fortune ?

Des mesures de mauvaise fortune alors. Il y a évidemment beaucoup de gâchis énergétique que nous pouvons éviter par de simples changements de comportement. Les lampes inutiles ou les degrés en trop (ou en moins l'été) sont des absurdités. Il est bon d'en prendre conscience. Mais de la suppression du gâchis à l'imposition de rationnement, il n'y a qu'un pas que la logique de la sobriété permet de franchir. Il est toujours difficile de distinguer l'essentiel du superflu: à partir de quelle chaleur chaque degré supplémentaire est-il un luxe ? On quitte le domaine de l'efficacité énergétique et de la rationalité pour rentrer dans celui, beaucoup plus mouvant, de la morale. Faute de pouvoir assurer l'abondance, le gouvernement préfère se focaliser sur la gestion de la pénurie. Il était organisateur de la prospérité, il se fait gestionnaire des rationnements et précepteur d'ascétisme.


Ivre de petits dessins et de « motion design » lénifiants où le citoyen est traité comme un éternel mineur, l'État multiplie les preuves de prévenance pour justifier son existence et nous éviter l'effort de penser.