Mutations politiques et majorité de gouvernement dans une France à droite - Par Dominique Reynié (Fondapol)
La poussée protestataire se solde par un nouveau décrochage des partis de gouvernement. Qu’ils soient de gauche, comme le Parti socialiste (PS), ou de droite, comme Les Républicains (LR), ces partis ressortent plus affaiblis encore qu’en 2017, dans une France plus protestataire et plus à droite. Le PS et LR sont désormais menacés de marginalisation. Fait nouveau, en 2022, aux élections législatives, la coalition présidentielle (Ensemble !) subit également une déconvenue limitée mais réelle au regard de la nette réélection d’Emmanuel Macron.
Le tableau politique de la France devient préoccupant pour les partis jugés capables de gouverner. Le PS et LR n’ont plus les moyens de compter sur leurs propres forces ni d’être les moteurs d’une alliance de gouvernement. Le macronisme, quant à lui, est poussé à se métamorphoser, tant en raison de ce nouveau contexte que par les effets de la contrainte institutionnelle d’un dernier mandat d’Emmanuel Macron.
La fragilisation continue de notre système partisan hypothèque nos capacités de gouvernement, alors même que l’époque est saturée de défis immenses. Il y a cependant une fenêtre d’opportunité car les partis populistes sont eux aussi confrontés à de grandes difficultés que dissimulent leurs bons résultats électoraux.
Cette nouvelle note de la Fondation pour l’innovation politique repose sur l’analyse des résultats de l’élection présidentielle et des élections législatives, et sur l’étude des données d’opinion mises au jour par une série de trois enquêtes successives, initiée et réalisée dans le cadre d’un partenariat associant la Fondation pour l’innovation politique, le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) et le Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique (Cecop). La première enquête a été administrée au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, auprès d’un échantillon de 3005 personnes. La deuxième enquête a été administrée au lendemain du second tour de l’élection présidentielle, auprès d’un échantillon de 3052 personnes. Enfin, la troisième enquête a été administrée au lendemain du second tour des élections législatives, auprès d’un échantillon de 3053 personnes. Les trois vagues ont été administrées par l’institut OpinionWay.
La seule refondation possible: en finir avec le mépris
Par Maxime Tandonnet
L’étude de Fondapol conduite par M. Dominique Reynié sur les mutations politiques en cours, d’un intérêt exceptionnel, comporte des enseignements que les responsables politiques de ce pays seraient bien avisés de prendre en compte. Elle établit que lors des dernières élections nationales – les législatives – le comportement de rejet du système en additionnant le vote protestataire (RN, LFI, extr gauche), vote blanc et abstentionnisme, atteignait presque 80% du corps électoral. Ce qui signifie que le vote d’adhésion aux partis prétendus de gouvernement, les fréquentables avec lesquels il est permis de dialoguer, selon les plus hautes autorités de l’Etat (PR et PM), dépassait à peine un cinquième de l’électorat. Quelque 30 ou 40 ans auparavant, ce rapport eût sans doute été exactement inverse. Voilà qui marque bien l’effondrement vertigineux de la confiance des Français en la politique. Ce constat devrait bouleverser les consciences de ceux qui s’intéressent à la vie publique. Plutôt que de se noyer dans les polémiques grotesques (virilité des barbecues!), de multiplier les coups de communication vaniteux, la manipulation des peurs, la dissimulation et le mensonge, ou la grandiloquence mégalomane, les responsables du pays feraient mieux de se poser la question sans fard: comment avons-nous pu, depuis quatre décennies, plonger le pays dans un tel niveau de défiance? Ce n’est pas un hasard si le conseil national de la refondation lancé par le président Macron ne semble guère susciter l’intérêt du pays. Pour qu’une telle initiative ait un sens, elle devrait être accompagnée d’un immense mea culpa: il y a trop longtemps que nous nous moquons des Français. Le mépris est d’ailleurs la marque de l’époque. Il faut voir le dernier éditorial du Point intitulé La bêtise va-t-elle gagner? La bêtise, c’est, d’après cet article, tout ce qui ne va pas dans le sens de la ligne officielle (celle qu’incarne à la perfection le pouvoir actuel), autrement dit, le populisme, le complotisme, ou encore la voix des 80% identifiés par Fondapol… de la vile multitude… La question n’est pas de basculer d’une caricature vers une autre en prétendant, aussi faussement, que le peuple a toujours raison (vox dei). Mais d’en finir avec la logique du mépris selon laquelle tout ce qui n’est pas dans la ligne officielle (élitiste, progressiste, post-frontières, post-nationale, libertariste) est bête, salace et vulgaire donc indigne de dialogue. Refondation? Transformation? Révolution? Tous ces mots qui claquent sont désormais vécus par l’immense majorité comme relevant de la communication. Il existe un préalable à toute véritable refondation: dénoncer, pour le combattre, le souverain mépris…

