«Démissions, dépressions, recrutement… les problèmes de l'Éducation nationale ne datent pas d'hier» - Par Barbara Lefebvre
La rentrée scolaire est marquée par une crise de recrutement inédite. Pour Barbara Lefebvre, cette situation est révélatrice des difficultés qui minent l'Éducation nationale depuis plus de dix ans. À l'école comme dans le reste des services publics, un sursaut est indispensable, ajoute-t-elle.
Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste, est l'auteur de Génération j'ai le droit (éd. Albin Michel, 2018).FIGAROVOX. - Cette rentrée 2022 se déroule dans des conditions tout à fait particulières: les concours de professeurs ont laissé vacants, début juillet, pas moins de 4.000 postes, parmi lesquels 1.686 à l'école primaire et 2.267 dans les collèges et lycées. Certaines classes se retrouvent-elles sans professeur ?
Barbara LEFEBVRE. - Il est très probable que des classes se retrouvent sans enseignant à la rentrée, en particulier dans les établissements classés «éducation prioritaire» où sont parquées les classes populaires. Ces ménages ne peuvent pas financièrement fuir leur lieu d'habitation ni les écoles qui en dépendent, la rigidité liberticide de la carte scolaire enferme. Le ministère entend obliger à une mixité sociale sans moyen ni ambition d'excellence, donc personne n'en veut. Car une famille de la classe ouvrière n'aspire à rien d'autre qu'une école sécurisée qui instruise véritablement et permette à ses enfants une ascension sociale par la réussite scolaire. Or le ministre Pap Ndiaye lui-même a dû se justifier puisqu'il a choisi de placer ses enfants dans l'école privée la plus select et élitiste de Paris pour leur assurer «une scolarité sereine». Il est certain en effet que ses enfants à lui ne manqueront de rien à la rentrée ! Il a promis «un enseignant dans chaque classe», il y aura une personne sans doute devant élèves mais il ne s'agira pas toujours d'un professeur, ce sera un contractuel embauché après un «job dating» et quatre jours de bavardages pseudo-pédagogiques appelés pompeusement «formation».
Il faut d'abord réorganiser l'institution, la débarrasser de sa novlangue pédago-progressiste ultralibérale et des agents qui la cultivent.
Toute la fonction publique d'État est dans une situation déplorable, alors que des dizaines de milliards d'argent public pleuvent. On arrose un panier percé.
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