Jean-Thomas Lesueur : «Le Conseil national de la refondation ou l'illusion de la démocratie participative»

Emmanuel Macron lance ce 8 septembre cette instance conçue comme un outil pour rapprocher les décisions gouvernementales des Français. Pour le directeur général de l'Institut Thomas More, la France a besoin, entre autres, d'un meilleur équilibre des pouvoirs et non de gadgets inutiles.


Jean-Thomas Lesueur est directeur général de l'Institut Thomas More (think-tank).

C'est dans une atmosphère de grand scepticisme autant que de méfiance qu'Emmanuel Macron installe ce jeudi 8 septembre son Conseil national de la refondation. Peu d'acteurs politiques, sociaux et économique de notre pays s'y pressent avec enthousiasme. Après avoir renâclé, certains syndicats et les associations d'élus locaux ont fini par annoncer leur participation. Mais d'autres syndicats, le président du Sénat et l'ensemble des partis d'opposition ont refusé de s'y rendre.

On peut certes regarder cette affaire comme dérisoire et secondaire au regard de la gravité des sujets qui occupent l'actualité et préoccupent les Français : crise géopolitique, crise énergétique, pouvoir d'achat, délinquance et hyperviolence endémiques, etc. On peut aussi en sourire. Il est vrai que la défiance que l'initiative provoque jusque dans les rangs de la majorité prête à sourire. Il est vrai que le choix du nom du «bidule» présidentiel, dont l'acronyme renvoie aux heures mythifiées de 1944, laisse pantois : quel fade communiquant de cabinet ministériel peut-il croire qu'une si grosse ficelle ait encore une quelconque efficace ? Il est vrai enfin que le choix de François Bayrou pour diriger le «bidule» présidentiel est désarmant. La nomination d'un homme qui fait de la politique depuis bientôt quarante ans et qui dirige déjà le fantomatique Haut-Commissariat au Plan témoigne ironiquement de ce qu'est la macronie : un champ clos politique et technocratique, coupé du pays et de ses forces vives, disposant d'aussi peu de cadres que de troupes, sans prise réelle avec le «monde de la vie».

Jean-Thomas Lesueur: «Le Conseil national de la refondation ou l'illusion de la démocratie participative» (lefigaro.fr)

Qu'il s'agisse de défiance, de banale indifférence, de manque de temps ou au contraire de confiance maintenue dans la démocratie représentative, une majorité de personnes n'éprouve pas le besoin ni l'envie de s'engager.


Si le président souhaitait réellement soigner notre démocratie assurément malade, il renoncerait à ses « bidules » qui contribuent à frapper d'inutilité et d'archaïsme les corps intermédiaires et les acteurs de la démocratie représentative.