Conseil de défense énergétique : et si la feuille de route à adopter était en réalité évidente ? - Par Pierre Bentata et Loïk Le Floch-Prigent
Du point de vue de la rationalité énergétique et économique, les solutions possibles sont claires pour affronter l’hiver. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le chemin politique pour y parvenir.
Atlantico : Du point de vue de la rationalité énergétique et économique, les solutions pour affronter l’hiver semblent claires. Quelle serait la meilleure approche à adopter ?
Pierre Bentata : Quand on essaye de faire face à une pénurie ou une crise économique qui se caractérise par une faiblesse de l’offre ou des prix élevés, les mesures trop globales, celles qui visent à inciter l’ensemble des acteurs à consommer, peuvent aggraver la situation. De plus, on brouille un facteur essentiel, qui est le prix. Si une variation d’un prix par rapport à un autre apparaît, cela veut dire qu’il y a un problème de rareté. Les acteurs s’adaptent en conséquence et modifient leur comportement. Le risque est que les individus continuent à consommer ou se plaignent en pensant que le gouvernement n’en fait pas assez, sans même réaliser qu’il y a un vrai problème et que l’État n’est pas responsable.
La meilleure solution consiste à déterminer qui souffre véritablement d’une augmentation du prix, quels types de ménages ou d’entreprises doivent modifier leur comportement et utiliser ces informations pour mettre en place des stratégies d’accompagnement qui prennent en considération ces effets. Par exemple, on peut faire varier le prix de l’énergie en fonction de la quantité consommée. Chacun peut satisfaire ses besoins essentiels et ceux qui se cantonnent à des quantités limitées sont protégés, alors que les personnes qui consomment davantage paient un prix plus élevé. Cette mesure incite les individus à modifier leur comportement, à s’adapter sans être contraints et donc à faire le choix le plus juste, tout en ayant conscience qu’il y a une situation de pénurie. En revanche, de telles mesures nécessitent une certaine technique, davantage d’informations et une certaine pédagogie pour expliquer les mécanismes à la population. Le problème est selon moi politique, car personne ne souhaite prendre le risque d’aller aussi loin et qu’il y ait des mécontents.
Loïk Le Floch-Prigent : L’hiver ? On parle de lumière -la France dans le noir ? - de chauffage, de sobriété, de pénurie, de rationnements…devant une crise évidente, médias et politiques actionnent les mécanismes de la peur et les discours comme les reportages plongent le pays dans la morosité.
Il y a deux phénomènes, liés en général, celui de l’augmentation des prix de l’énergie et celui de la rareté : une des lois de l’économie, ce qui est rare est cher !
Et c’est effectivement comme cela que l’augmentation des prix de l’énergie a commencé il y a deux ans : on a voulu cumuler pour des raisons électorales l’affaiblissement de l’électricité d’origine nucléaire et l’effondrement de l’exploration des fossiles (pétrole et gaz) en entonnant la trompette du recours accru aux énergies dites renouvelables essentiellement éoliennes et solaires.
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