«Emmanuel Macon a-t-il, enfin, décidé de faire de l'immigration un sujet majeur ?» - Par Michel Aubouin

«Un projet de loi relatif à l'asile, donc à l'immigration dans la République, sera déposé dès début 2023», a annoncé le chef de l'État lors d'une réunion avec des préfets. Pour l'ancien préfet Michel Aubouin, le chantier en matière d'immigration est immense.


Michel Aubouin est essayiste et ancien préfet. Il a notamment publié 40 ans dans les cités (Presses de la Cité, 2019).

Il est sage que le président de la République, qui vient d'annoncer la présentation d'un projet de loi sur l'immigration, se préoccupe d'un phénomène qui, sous son précédent mandat, a dérivé de manière considérable. Inutile de lui rappeler que les nations, maîtresses de leurs frontières, sont légitimes à déterminer les conditions d'accès à leur territoire. Il existe pour cela un droit international formalisé par l'instauration de visas. Vu sous cet angle, quiconque s'introduit sur le sol d'un pays dont il n'est pas un ressortissant sans y avoir été autorisé contrevient à la loi. Les Etats n'ont pas à justifier la manière avec laquelle ils organisent l'immigration, pour répondre à un déficit de main-d'œuvre, de démographie ou de compétences ni des sommes qu'ils consentent à dépenser pour faciliter l'intégration des nouveaux venus. Et ils sont tout aussi légitimes à exiger de ceux qui sont entrés de manière irrégulière à repartir où bon leur semble. Le reste n'est qu'une question de moyens techniques et de procédures juridiques. Et c'est dans ce domaine que notre organisation est particulièrement défaillante, si on la compare à celles mises en œuvre dans les autres pays de l'Union européenne.

L'inventaire des faiblesses serait trop long à développer, d'autant qu'il est constitué d'une multitude de détails que seuls les services spécialisés connaissent, mais leurs effets, en France, sont de plus en plus visibles : des milliers de migrants qui échappent à la surveillance sur le littoral de la Manche, des campements de tentes dans Paris, régulièrement déplacés et des coûts d'hébergement qui explosent.


La demande d'asile est légitime quand elle émane d'une personne en danger dans son pays ; elle est un abus quand elle est déposée par un individu qui espère ainsi échapper à une reconduite dans son pays d'origine.

En ne soutenant pas, publiquement, le directeur - français - de Frontex, la France n'a pas donné le sentiment qu'elle accordait au sujet un intérêt majeur.