«L'affaire Iquioussen montre notre incapacité à expulser les étrangers qui menacent l'ordre public» - Par Laurent Lemasson

L'imam Hassan Iquioussen, dont le Conseil d'État a validé l'expulsion, est actuellement introuvable. Pour Laurent Lemasson, docteur en droit public, ce feuilleton est une nouvelle démonstration des failles de notre justice.


Laurent Lemasson est docteur en droit public et science politique, et ancien directeur des publications de l'Institut pour la Justice.


L'imam Hassan Iquioussen semble en passe de devenir, pour Gérald Darmanin, l'équivalent du fameux sparadrap du capitaine Haddock qui, dans L'Affaire Tournesol, voyage de case en case pour revenir invariablement se fixer sur le malheureux marin, de plus en plus irrité par ce collant adversaire.

Le ministre de l'Intérieur a fait de l'expulsion de l'imam marocain un symbole de sa détermination à lutter contre les «discours séparatistes » et, plus largement, à expulser les délinquants étrangers (à ce stade, Hassan Iquioussen n'a pas été condamné par la justice française, mais, pour l'opinion publique, la distinction juridique subtile entre «délinquant étranger» et «étranger constituant une menace grave pour l'ordre public» est peu compréhensible).

Pourtant, ce que les Français risquent surtout de voir dans cette affaire, et qui devient de plus en plus transparent à mesure qu'elle se prolonge, c'est l'incroyable difficulté des pouvoirs publics à faire usage de ce qui devrait pourtant être une de leurs prérogatives élémentaires: faire quitter le territoire national à un étranger jugé indésirable, et même, en l'occurrence, dangereux.



Même si la décision d'expulsion est confirmée par la justice, Hassan Iquioussen pourra toujours demander que celle-ci soit abrogée.


L'affaire Iquioussen montre l'invraisemblable débauche d'énergie, de temps, d'ingéniosité et d'argent qu'il faut aux pouvoirs publics pour faire quitter le territoire national à ne serait-ce qu'une seule personne.