Le monde ne doit pas désespérer - Par Jean-Philippe Delsol

Monsieur Macron nous a annoncé fin août « la fin de l’abondance, la fin de l’insouciance, la fin des évidences ». Bien sûr le manque d’énergie inquiète et risque de requérir quelques restrictions. Mais la guerre d’Ukraine en est moins coupable que l’imprévoyance des gouvernements successifs qui ont réduit le nucléaire pour dépenser trop d’argent dans des moulins à vent peu productifs. M. Hollande l’avait promis et M. Macron l’a fait quand il a annoncé le 27 novembre 2018 que 14 réacteurs nucléaires seraient arrêtés d’ici 2035, dont quatre à six d’ici 2030 et que la centrale de Fessenheim fermerait à l’été 2020. Il a aussi interdit toute recherche de gaz de schistes. L’écologisme dominant a créé la disette énergétique.


De la même manière, l’inflation a été préparée par « les liquidités sans coût » que les banques centrales ont mises, indirectement, à la disposition des gouvernants depuis 2001 pour qu’ils vivent à crédit. La dette publique a augmenté d’environ 700 milliards d’euros en France sous le dernier mandat Macron.

Le monde de désespérance que le président de la République promet abat le moral des Français. En prophète des malheurs, M. Macron voit sa côte baisser dans les derniers sondages tandis que les Français trouvent la France vulnérable à 84% (Odoxa/Figaro), et sont inquiets pour la situation du pays à 86% (Elabe/Les Echos).

Mais sans doute M. Macron, versatile chronique, veut-il d’abord satisfaire les écologistes qui mettent sur le dos de la croissance et du capitalisme toutes les difficultés du moment et donnent le prétexte à l’Etat d’assujettir les individus.

L’homme, l’ultime ressource

Ce que les décroissants oublient est que les ressources de la Terre sont innombrables et que les hommes sont loin de les avoir toutes découvertes. Depuis l’origine de l’humanité, tour à tour de nouvelles matières premières et de nouvelles productions ont permis le développement du monde. Et l’homme, disait l’économiste Julian Simon est l’ultime ressource, inépuisable par son intelligence, sa réactivité, ses facultés d’innovation et d’adaptation pour répondre aux défis qu’il ne cesse de rencontrer. Peut-être même que ce sont ces challenges innombrables, plus ou moins importants, qui l’ont fait grandir en l’obligeant à évoluer pour les surmonter. Les changements de climat ont été fréquents depuis que l’homme habite la terre. Certes, ils ont parfois été meurtriers, mais l’homme en est ressorti, toujours plus fort. Il a migré, il a changé de mode d’habitat, d’alimentation, de comportement…, mais globalement il a progressé. Il y eut sans doute toujours des pessimistes annonçant la fin du monde face aux périls menaçants, comme Malthus qui clamait que l’humanité courait à sa perte en mettant au monde plus d’enfants qu’elle n’en pouvait nourrir. Ce dernier fut bien sûr bientôt démenti par la révolution agricole qui permit de satisfaire une population grandissant de manière exponentielle par les effets de la révolution sanitaire à partir de Pasteur.

Les générations apprennent pourtant peu de l’histoire. Après la Seconde Guerre mondiale, le débat ressurgit. Néomalthusien, Paul Ehrlich, alors professeur à l’université Stanford, annonça une catastrophe alimentaire et sanitaire imminente face à la croissance de la population dans son livre La Bombe P (The Population Bomb) en 1968. Julian Simon, professeur de management à l’université du Maryland et chercheur au Cato Institute, s’opposa à Ehrlich en considérant que l’évolution de la technologie croît toujours plus vite que la demande de matières premières. En 1980 Simon a fait contre Ehrlich le pari, très médiatisé, que le prix des métaux (cuivre, chrome, nickel, étain et tungstène) baisserait sur les dix prochaines années, en misant sur l’ingéniosité humaine et sa capacité à découvrir de nouvelles ressources. En effet, en 1990, les cours de tous ces métaux avaient diminué et Ehrlich dut payer 576,07 dollars à Simon. Les apôtres de l’apocalypse énergétique avaient perdu comme peu après le firent ceux du Club de Rome parce qu’ils méconnaissaient précisément la capacité que recèle l’homme de réagir aux difficultés qu’il rencontre et de trouver des solutions pour les surmonter.

Défendons donc la liberté pour éviter l’apocalypse.

Les Malthus et les Ehrlich sont toujours là. Ils veulent nous imposer un eugénisme, une vie spartiate, une surveillance de tous nos comportements… comme dans tous les pays où domine l’idéologie contre la réalité et la liberté. Mais nous pouvons faire, comme Julian Simon, le pari de l’homme. Déjà à l’encontre de ceux qui prédisent que la croissance de la population montera au ciel, l’économiste James Pomeroy observe que « la probabilité que la taille de la population commence à se réduire dans les vingt prochaines années est bien plus élevée que ce que nous avions prévu initialement », et de 8 milliards d’habitants en fin d’année 2022, elle pourrait être diminuée de moitié en 2100 ! La population chinoise en livre les prémices.

Le problème de M Macron est qu’à défaut d’avoir sa propre boussole autre qu’une vague sociale démocratie, il emprunte volontiers celle de ceux qui crient le plus fort. Il est ainsi prêt à devenir « décroissant » pour tenter de gagner des voix. Il n’aura sans doute pas les voix, mais il risque de favoriser l’autoréalisation des malheurs annoncés pour avoir oublié que l’homme est toujours capable de nous étonner si nous lui en laissons la liberté. L’homme est non seulement la richesse ultime, mais aussi sans doute la fin ultime de notre monde. Défendons donc la liberté pour éviter l’apocalypse.