Alliance et manœuvres de Moscou et Pyongyang sur la scène eurasiatique : sortir du déni - Par Jean-Sylvestre Mongrenier

Lorsque Vladimir Poutine accueillit Kim Jong-un dans l’Extrême-Orient russe, du 13 au 15 septembre 2023, et que le dirigeant nord-coréen visita notamment le cosmodrome de Vostotchny, un certain nombre de commentaires dénigrèrent ces manœuvres comme vaines. Pourtant, la livraison de munitions nord-coréennes permit à la Russie de pallier les insuffisances de son appareil militaro-industriel et c’est toujours le cas. L’année suivante, ce fut le maître du Kremlin qui se rendit en Corée du Nord pour y signer un pacte de défense (19 juin 2024). Sans grand émoi en Occident. Désormais, le renseignement sud-coréen nous apprend que Pyongyang engage des forces sur le front ukrainien. À l’expérience des faits, le mépris affiché envers les agissements russes a donné lieu à une grave méprise.


En premier lieu, il importe de rappeler la faillite diplomatique que constitue la transformation de la Corée du Nord en une redoutable puissance nucléaire et balistique, faillite révélatrice des erreurs stratégiques et des illusions géopolitiques occidentales, inscrites dans une vision fausse du devenir historique (un temps fléché, orienté vers le mieux). C’est en 1992 que les experts de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) révélèrent l’existence du programme nucléaire clandestin du régime de Pyongyang, dont on apprit ensuite les connexions historiques avec le Pakistan et l’Iran (voir notamment le réseau malfaisant d’Abdul Qadeer Khan). Dans les deux décennies qui suivirent, la diplomatie d’apaisement qui fit la quasi-unanimité de la « communauté internationale » se révéla impuissante à endiguer cette menace aujourd’hui ouverte. Pour mémoire, l’administration Clinton céda au chantage et négocia alors un accord selon lequel Pyongyang gèlerait la production de plutonium, sous contrôle de l’AIEA, moyennant d’importantes contreparties (1994). Les États-Unis s’engagèrent à lever l’embargo existant ainsi qu’à livrer annuellement des centaines de milliers de tonnes de pétrole à la Corée du Nord. Un consortium international devait fournir à ce pays deux centrales nucléaires civiles, principalement financées par le Japon et la Corée du Sud. En vérité, les États-Unis et leurs alliés étaient à cette époque persuadés que le régime nord-coréen, tout comme son fondateur, agonisait1. L’essentiel était alors de gagner du temps et de préparer la réunification de la péninsule coréenne, inscrite dans la philosophie de l’Histoire.

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