Marche accélérée vers la sud-américanisation : la France face à une urgence sécuritaire sans précédent - Par Bertrand Cavallier

Plusieurs fusillades, notamment à Valence ou Poitiers, ont éclaté en ce début de mois de novembre un peu partout en France. Des tentatives d’homicides souvent liées au trafic de stupéfiants. Par Bertrand Cavallier.

Bertrand Cavallier est général de division (2S) de gendarmerie. Spécialiste du maintien de l’ordre et expert international en sécurité des Etats, il est notamment régulièrement engagé en Afrique.

Atlantico : 400 à 600 personnes sont impliquées dans une rixe post-fusillade dans une ville de province plutôt tranquille. De quoi les scènes qui se sont déroulées à Poitiers sont-elles le révélateur sur l’état sécuritaire du pays ?

Bertrand Cavallier : Le 31 octobre 2024, deux faits sont à prendre en considération. Premièrement, dans le quartier des couronneries, cinq adolescents ont été blessés dont un grièvement par une attaque par armes à feu sur fond de conflits entre gangs liés au narcotrafic. Deuxièmement, dans la foulée, se sont produits des rassemblements d’individus vivant dans ce quartier, dont certains désireux de se faire justice eux-mêmes, et qui auraient pu dégénérer en affrontements entre différents clans sans l’intervention des policiers et des gendarmes.

Si on veut bien analyser ces faits de façon objective, en prenant de la hauteur, on ne peut que constater :

- la banalisation de ces fusillades, perpétrées désormais de façon généralisée avec des armes de guerre. Le phénomène est devenu pratiquement quotidien (samedi dernier un enfant grièvement blessé par balle à Rennes, le 31 octobre à Valence dans la Drôme, une fusillade avec trois victimes dont un blessé très grave, et de nouveau, un fait similaire à Valence ce premier novembre, dans le quartier du Polygone, ayant causé la mort d’un jeune homme) :

- l’implication dans ces violences extrêmes d’individus de plus en plus jeunes ;

- la propagation de ces attaques dans l’ensemble des villes (grandes comme moyennes, voire dans la ruralité) comprenant des quartiers dits difficiles, à forte proportion de population d’origine immigrée, majoritairement africaine. Des communes autrefois réputées pour leur tranquillité ont basculé dans une grande insécurité, laquelle déclenche des départs de populations européenne ou assimilée, sans qu’il y ait un quelconque déterminisme politique local ;

- la potentialisation d’affrontements d’ampleur entre communautés extra-européennes. Souvenons-nous notamment des heurts entre tchétchènes et maghrébins à Dijon et à Nice en juin 2020.

S’agissant donc de la situation sécuritaire, le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, a raison lorsqu’il déclare que l’on est « à un point de bascule » car, en effet, nous sommes arrivés à un point où dans notre pays, tout peut basculer. Nous sommes bien à la croisée des chemins avec également la nécessité d’intégrer dans notre réflexion les effets destructeurs sur la jeunesse de la consommation de produits stupéfiants, et par-delà sur la vitalité de notre nation.

En quoi les politiques pénales mises en œuvre ces dernières décennies sont-elles ou non la cause de ce grand dérapage ? Et qui porte selon vous le plus de responsabilités parmi les politiques, les magistrats ou les Français (via leurs choix électoraux) ?

Au regard de la situation présente, les politiques pénales ont manifestement échoué. L’idéologisation d’une partie de la magistrature par le Syndicat de la magistrature (SM) dans les années 70 a de toute évidence déstabilisé l’appareil judiciaire et profondément dégradé la réponse pénale. Rappelons-nous en effet la harangue du juge Baudot prônant la partialité et posant le postulat selon lequel l’emprisonnement est néfaste. Lors de son congrès en 1985, ce syndicat, fortement influencé par Michel Foucault, était allé jusqu’à adopter une mention par laquelle il affirmait « la nécessité de la suppression de la prison à terme ».

Mais cette idéologisation a été permise, voire soutenue par une partie de la classe politique. Ainsi, Daniel Ludet, membre de ce syndicat depuis 1980 a été conseiller de Lionel Jospin à Matignon, conseiller des ministres socialistes de la justice Henri Nallet et Michel Vauzelle. En 1992, donc sous le deuxième septennat de François Mitterrand, il succède à Hubert Dalle, lui-même ancien secrétaire général du Syndicat de la magistrature, à la tête de l’Ecole nationale de la magistrature. Comment ne pas y voir une stratégie de « formater » le système de justice ?

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