Election de Trump : La marée rouge - Pare Jean-Baptiste Noé
Donald Trump a brillamment remporté les élections américaines lors d’un raz-de-marée républicain qui signe une victoire totale sur les États-Unis.
Lire également : Victoire de Donald Trump : 5 leçons pour les États-Unis | Conflits : Revue de GéopolitiqueBeaucoup annonçaient un score serré, une élection sur le fil du rasoir voire une défaite de Donald Trump. C’est tout l’inverse qui s’est produit : une victoire éclatante et totale. Non seulement il remporte les grands électeurs, mais aussi le vote populaire, ce qui ne fut pas le cas en 2016. Sa victoire est encore plus large que contre Hillary Clinton. Non seulement les républicains gagnent la Maison-Blanche, mais ils ont pris aussi le contrôle du Sénat et sont en bonne voie à la Chambre des représentants, en gagnant des sièges aux démocrates. À quoi s’ajoute la majorité à la Cour suprême. Encore une fois, cette élection démontre le décalage complet entre les commentateurs et les électeurs. Comme me le disait un démocrate croisé sur un plateau télé, très fier de voter pour Harris : « Je ne comprends pas pourquoi les ouvriers votent pour Trump. » C’et là la raison principale pour laquelle les démocrates ont perdu : ils ne comprennent pas le peuple américain, et au lieu de faire l’effort d’essayer de le comprendre ils l’invectivent et lui collent l’étiquette de « fasciste » et de « nazi ».
La plus large victoire
La victoire de Trump est la plus large victoire depuis l’époque de Reagan / Bush (1980-1992) et Nixon ; Reagan et Nixon ayant remporté les élections de 1984 et 1972 avec presque la totalité des États. Les victoires de Bush fils, en 2004 et surtout en 2000, avaient été étriquées. Les républicains s’étaient perdus dans un néo-conservatisme finalement assez proche des démocrates. Trump, quant à lui, a renoué avec les années Reagan, son slogan Make America great again étant repris de celui de 1980. Il a réussi à créer une doctrine populaire pour les républicains, s’attachant les voix rurales, celles des villes et des classes supérieures.
En 2008, lorsque Barack Obama a gagné la présidentielle, beaucoup de commentateurs expliquaient que les républicains ne pourraient plus jamais gagner la Maison-Blanche. Ils n’avaient plus de doctrine propre, leur base électorale était étriquée, leur défaite en 2008 et 2012 avait été très large. Avec un électorat composé essentiellement d’hommes blancs, personne ne voyait comment ils pourraient subsister face aux changements démographiques des États-Unis. Ces commentateurs eurent presque raison en 2016 puisque Trump ne gagna pas le vote populaire. Mais c’était ne pas voir que la doctrine des républicains avait changé et que la pensée politique des démocrates n’était plus acceptée. Pour le parti bleu, c’est un cycle qui se termine, celui débuté par Bill Clinton en 1992. Barack Obama était un enfant Clinton, comme Joe Biden, créature tenue par le clan Clinton. C’est désormais le clan Trump qui a assuré son pouvoir, avec de nombreux « bébés » Trump qui ont été élus au Sénat et à la Chambre. Cette victoire électorale est donc la conséquence d’une véritable victoire intellectuelle.
Un second mandat, quatre ans après
Ce qu’a réussi Trump est unique dans l’histoire des États-Unis. Jamais un président vaincu n’était revenu au premier plan ni réélu. Après la crise de janvier 2021, après le demi-succès des mi-terms 2022, beaucoup pensaient que Trump était politiquement mort. Il gagna pourtant haut la main les primaires et a désormais largement gagné la présidentielle. À 78 ans, il dégage une énergie rare. Son camp, et ses conseillers, sont beaucoup mieux préparés à l’exercice du pouvoir qu’en 2016, où la victoire fut une surprise pour beaucoup. Ils ne se laisseront plus avoir par l’État profond, le système judiciaire est mieux contrôlé, le Parti républicain est très largement trumpiste, ce qui n’était pas le cas en 2016 où pullulaient les Rino (republican in name only).
Outre le facteur expérience, l’autre facteur qui va être essentiel dans ce second mandat est celui du temps. Sitôt en place, la question de sa succession va se poser et avec elle celle de la poursuite du trumpisme. Trump aura 82 ans en 2028. A priori, il ne devrait pas briguer un autre mandat. Ce qui laisse la porte ouverte à JD Vance ou Ron DeSantis, en tout cas à la jeune garde républicaine. Du trumpisme sans les excentricités et les outrances de Trump, voilà qui pourrait crucifier une nouvelle fois les démocrates.
