David Lisnard : «Fusillade et trafic de drogues à Poitiers, le prix de nos renoncements successifs»

L'État, dont c'est pourtant la mission principale et la raison d'être, a abandonné son rôle sécuritaire, souligne David Lisnard au lendemain de la fusillade qui a fait cinq blessés sur fond de trafic de drogues. Cet échec repose sur une triple faillite idéologique, politique et morale, analyse-t-il.


Maire de Cannes, David Lisnard est président de l'Association des maires de France et président de Nouvelle Énergie.

Les événements de la nuit dernière à Poitiers, impliquant des dizaines voire centaines d'individus, devraient déclencher un effroi général et un sursaut national. La France glisse peu à peu vers un climat où la violence est omniprésente et fragilise les fondements mêmes de notre pays.

Le ministre de l'Intérieur, qui parle et agit juste, évoque une possible «mexicanisation» de la France. La violence qui gangrène nos quartiers reflète en effet une transformation profonde où des bandes criminelles imposent leur loi dans des pans de société nourris par le trafic de drogue. Ces réseaux mafieux sèment la terreur et l'ultra violence, y compris en prison, peuvent interagir avec les réseaux islamistes aux visées totalitaires, pratiquent la corruption dans le milieu carcéral, pervertissent le rapport au travail et l'économie légale par le blanchiment, détruisent la santé de nos enfants, méprisent les autorités politiques, policières et judiciaires, alimentent un délitement régalien qui peut conduire soit à l'effondrement de la nation, soit à une réaction autoritaire liberticide.

C'est donc bien non seulement notre sécurité et notre prospérité qui sont en jeu dans la lutte contre le narcotrafic, mais aussi notre démocratie. Pour survivre, celle-ci doit retrouver l'effectivité du pouvoir et le sens de l'exécution. D'où la double nécessité, d'une part de rétablir des moyens juridiques de décision en desserrant - par référendums quand il le faut - l'étau des jurisprudences des hautes Cours européennes et nationales, d'autre part de changer la pratique de l'exercice du pouvoir, en veillant scrupuleusement à la bonne application des décisions, les vérifiant, les évaluant, et les adaptant.

Ce que l'on vit aujourd'hui, sauf exceptions notables, est la conséquence directe du choix opéré par nos dirigeants successifs depuis plus de quarante ans, qui ont choisi de détourner le regard et de relâcher les exigences de sécurité, en croyant acheter la paix sociale. Ce renoncement s'est doublé d'une politique de peuplement non maîtrisée, qui a laissé s'implanter des réseaux criminels pour l'essentiel issus de l'immigration. Ils alimentent et entretiennent la violence, le narcotrafic et les actes de délinquance au quotidien, souvent en lien direct avec des structures mafieuses internationales.