Chantal Delsol : «L’illibéralisme, c’est la révolte populaire contre un processus d’uniformisation imposé par les élites»


L’élection de Donald Trump traduit non l’apparition, mais la cristallisation d’un courant politique occidental, selon Chantal Delsol*. Les peuples se soulèvent contre la destruction des identités particulières, la mondialisation et le sans-frontièrisme ou encore la sacralisation de la santé.


*Dernier livre paru de Chantal Delsol : « La Fin de la chrétienté » (Éditions du Cerf, 2021). Chantal Delsol est chroniqueuse pour Le Figaro, membre de l’Institut, philosophe et membre du Conseil d’orientation de l’Institut Thomas More.

La seconde victoire de Donald Trump s’inscrit dans une histoire dont elle marque un tournant. La profondeur de ce qu’elle représente devient telle, qu’on ne peut plus parler avec dédain « des frustrations et des colères ». Il ne s’agit plus seulement d’un clown vulgaire ricanant devant les foules. Il y a une idée derrière – même si ce n’est pas lui qui la porte, il la représente dans son ânerie et dans sa suffisance.

D’autres pensent derrière lui. Et ce courant rejoint ceux, européens, qui lui ressemblent. Cet événement politique traduit non l’apparition, mais la cristallisation d’un courant politique occidental qui n’a pas encore de nom. On pourrait l’appeler post-libéral.

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L’esprit occidental, depuis la seconde moitié du XXe siècle, a déployé ses forces et convictions dans un sens bien précis : mondialisation et recherche d’une identité mondiale, négation des cultures particulières et des traditions locales, religieuses ou non ; sacralisation de la santé et de l’écologie ; libertarisme sociétal tous azimuts ; et, en même temps, centralisation élitaire pour imposer tous ces présupposés, le bon sens populaire étant dorénavant considéré comme une disposition dépassée. La post-modernité depuis le tournant du siècle est le règne d’une minuscule élite qui impose ces croyances nouvelles.