Donald Trump n’est ni le président du repli, ni celui de l’isolationnisme... - Par Yves Roucaute
Donald Trump n’est ni le président du repli, ni celui de l’isolationnisme... et voilà pourquoi les Européens ne comprennent rien au sens idéologique de sa victoire. Durant sa campagne électorale, Donald Trump a défendu une ligne "America first" qui révèle, selon certains, un isolationnisme américain.
Yves Roucaute : Cette victoire de Donald Trump porte de nombreux enseignements mais le premier et le plus important est que ce n’est pas la victoire d’un courant isolationniste et qu’elle signale la défaite d’un courant idéologique qui va avoir des répercussions jusqu’à Paris. Car seules l’ignorance et l’idéologie en France et en Europe empêchent de saisir le sens de la victoire de ce courant et le sens de de la défaite de Kamala Harris qui annonce la crise du parti démocrate, préparant la déflagration qui va toucher l’Europe, par contre-coup, à retardement.
Notons d’abord qu’il est drôle de voir certaines élites décrier Donald Trump ou s’en réclamer alors qu’elles sont incapables d’appréhender ce qui s’est joué et se jouera. Certains interprètent cette victoire comme celle d’un mouvement isolationniste qui voudrait un État centralisé et fort replié sur lui-même, ne comprenant pas que ce que veut dire « America First » et sa déclinaison en « Faire l’Amérique Grande À nouveau », en anglais « Make America Great again », MAGA.
En vérité, le courant incarné par Donald Trump est protectionniste pas isolationniste. C’est une différence considérable. Loin de vouloir le repli américain, il veut mener une offensive pour accroître la puissance américaine et son influence dans le monde. Car ce n’est pas la mondialisation qu’il combat mais le mondialisme qui fait du développement des échanges le seul critère de jugement sans souci de la puissance nationale et de son identité. Donald Trump veut accélération du développement national et international des échanges, car il sait que c’est indispensable à la puissance américaine, mais il la veut au bénéfice des États-Unis.
Voilà pourquoi, il va reprendre sa politique de relocalisation des entreprises, d’expansion internationale et le bras de fer ferme avec certains alliés et les concurrents déloyaux, avec la Chine plus particulièrement qui affronte la puissance américaine, tisse un filet d’alliances peu amicales et dont les entreprises discrètement subventionnées viennent occuper des marchés jusqu’aux États-Unis. Tout pour la recherche de l’hégémonie, pour la puissance.
Pour la même raison, il est opposé à l’étatisme. Il juge que la bureaucratie pompe les richesses du pays et freine la croissance en prétendant l’encadrer. Voilà pourquoi, il prépare un audit épurateur de la bureaucratie, qui serait peut-être organisé par Elon Musk. Il veut la diminution des impôts, la suppression des réglementations punitives vertes, la réduction et le réajustement des formes de redistribution sociale pour une efficacité maximale au bénéfice des classes populaires qui travaillent légalement.
Il est indéniablement l’hériter du Président Andrew Jackson, dont il avait mis la photo dans son bureau de la Maison Blanche lors de sa première élection. « America first » était son credo. C’est ce Président protectionniste qui, au lieu d’un repli, avait lancé la conquête de l’Ouest, remporté la seconde guerre contre les Anglais, en 1812, puis qui fit, en 1830, les accords de libre-échange avec les Antilles anglaises. Et pour la même raison, assurer la puissance, il s’était opposé aux politiques d’impôts et à la puissance des banques qui financiarisaient la vie américaine, au point de mettre son veto à la poursuite de l’expérience d’une banque fédérale, créée en 1791 par le chef politique Alexander Hamilton dont l’héritage est précisément porté par Biden, Obama, Clinton..
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