Donald Trump fait la preuve qu’un projet patriotique peut séduire les minorités sans rien céder sur l’immigration - Par Alexandre Devecchio

Victoire d’un homme, l’élection de Donald Trump est aussi celle d’un parti remodelé en profondeur. Tant sur le plan idéologique que sur le plan sociologique, les mutations du Grand Old Party pourraient inspirer ses homologues français.


La victoire du Parti républicain aux États-Unis est celle d’un homme, mais aussi l’aboutissement d’une révolution sociologique et idéologique. « Trump a ouvert la voie, sans stratégie délibérée, mais plutôt par intuition, à ce qui pourrait devenir le premier parti ouvrier postlibéral multiracial, en opposition à un parti représentant les classes professionnelles et managériales libérales », écrivait l’intellectuel conservateur Patrick J. Deneen dans nos colonnes une semaine avant l’élection.

Il est vrai que le Parti républicain de Trump apparaît très différent du Parti républicain façonné par Reagan dans les années 1980, puis par les Bush dans les années 1990 et 2000, dont la base sociologique était plutôt aisée et l’idéologie aux antipodes du national-populisme du milliardaire. Bien que conservateur sur le plan sociétal, le Grand Old Party dans sa version reaganienne ou bushiste était mondialiste sur le plan économique ainsi qu’en matière de politique étrangère.

Reagan et Bush concevaient moins l’Amérique comme une nation que comme un empire multiculturel censé apporter la prospérité et la démocratie sur la planète en faisant tomber les frontières et les barrières douanières. Trump a, au contraire, forgé son succès sur sa critique de l’immigration massive, mais aussi sur celle du capitalisme mondialisé et financiarisé ainsi que sur sa capacité à s’adresser à une base plus populaire. Et il a fait de la nation (« America First ») la pierre angulaire de son projet.