Franz-Olivier Giesbert: «Nous vivons dans un pays où, dès qu’on sort des clous, on vous traite d’extrême droite»

Le troisième tome des Mémoires de FOG tient ses promesses. Y est décrite toute la ménagerie politique qu’il a intimement fréquentée, et notamment François Mitterrand et Jacques Chirac, deux faces d’une impuissance française. C’est ébouriffant, nostalgique, réac, et sans autocélébration. Franz-Olivier Giesbert sera l’invité exceptionnel des Rencontres du Figaro le 11 décembre 2023.

Franz-Olivier Giesbert fut le patron du Nouvel Observateur, du Figaro, du Figaro Magazine et du Point, dont il est aujourd’hui l’éditorialiste.

LE FIGARO MAGAZINE. - Votre histoire intime de la Ve commençait bien, avec «Le Sursaut», et continuait, pas si mal, avec «La Belle Époque». Et voici que cela se termine par «Tragédie française». N’est-ce pas un peu exagéré? Les Français vivent comme des enfants gâtés, et ils font du déficit. Mais est-ce que cela fait une tragédie, par comparaison avec celle, incontestable, de 1940?

Franz-Olivier GIESBERT. -
Vous pourriez dire aussi que la France va mieux qu’après la défaite de Sedan en 1870, laquelle correspond à l’effondrement du Second Empire et à l’avènement de la Commune où des émeutiers ont tenté de mettre le feu au Musée du Louvre. C’est à partir de là que s’est développé le mouvement décadentiste et qu’a vraiment commencé le déclin français. Depuis, nous sommes sur une mauvaise pente, mais avec des hauts et des bas. Après que de Gaulle a tout inversé, avec son sursaut de 1958, nous avons recommencé à descendre le toboggan, c’est la triste réalité. Les vrais déclinistes sont ceux qui la nient!


Vous prenez un vrai plaisir à confirmer votre réputation de vieux réac qui dézingue à tout-va. Sur le fond, on ne vous sent pas loin de la thèse dite «d’extrême droite» du grand remplacement.

Pas vous, pas ça! Nous vivons dans un pays où dès qu’on sort des clous, on vous traite d’extrême droite. Ce terrorisme intellectuel débile ne m’empêchera pas de dire ce que je vois ou ressens. L’immigration sans frein, il faut arrêter ce délire!

Vous regrettez d’avoir sous-estimé le phénomène, aussi bien que la résistance de l’islam à l’assimilation républicaine. C’est votre principal mea culpa?

Et si vous voulez, de mea culpa, j’en ai beaucoup. J’ai mis trop de temps, entre autres, à comprendre que l’injonction antiraciste des années 1980 et 1990 était, en fait, comme le disait courageusement à l’époque, le sociologue Paul Yonnet, une machine de guerre contre l’assimilation et la République qu’elle a minée en exaltant le droit à la différence et, à la fin, le communautarisme. Yonnet avait été couvert d’indignation et de réprobation pour des propos bénins.

Il y a aussi cet impossible redressement des comptes publics. Nous ne sommes pas seuls dans ce cas, cela n’atténue-t-il pas la tragédie?

Nous battons tous les records en matière de dépenses publiques: 58,1 % par rapport au PIB en 2022! Et plus l’État met d’argent dans les services publics, moins ils marchent bien. La gabegie générale fait tomber la France dans une sorte de tiers-mondisation. Si notre pays continue à se laisser aller, il finira par rejoindre la longue cohorte des nations qui ne comptent pas.

Franz-Olivier Giesbert sera l’invité exceptionnel des Rencontres du Figaro le 11 décembre. Inscrivez-vous ici

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