Nicolas Baverez : «Le retour du chômage de masse»

La résurgence du chômage de masse n’est pas liée à un trou d’air de la conjoncture mais au cumul de trois chocs dont les effets seront durables.
La permanence du chômage de masse constitue une exception française. Contrairement aux grands pays développés, notre pays n’a jamais renoué avec le plein-emploi depuis les chocs pétroliers. Le taux de chômage n’a ainsi jamais été inférieur à 7 % de la population active depuis 1977. Alors qu’il avait atteint 10,4 % durant le quinquennat de François Hollande, il a diminué sous les présidences d’Emmanuel Macron jusqu’à 7,2 %, tout en restant très supérieur au seuil du plein-emploi fixé à 5 % - que respectent les États-Unis (4,1 %) et le Royaume-Uni (4,3 %).
Or, depuis l’été 2024, le marché du travail français connaît un brutal retournement. Le taux de chômage est remonté à 7,4 % et culmine à 19,7 % chez les jeunes. Il s’élèvera à 7,5 % à la fin de l’année et tendra vers 8 % à fin 2025, en raison de l’envol des faillites d’entreprise et des plans sociaux - à l’image de Michelin, Auchan, Airbus Défense - ainsi que de l’arrêt des embauches. La résurgence du chômage de masse n’est pas liée à un trou d’air de la conjoncture mais au cumul de trois chocs dont les effets seront durables.
À lire aussi Comment vont évoluer les règles de l’assurance-chômage
L’éclatement de la mondialisation en blocs rivaux place l’Europe dans une position de grande vulnérabilité entre le renouveau industriel des États-Unis et le dumping industriel de la Chine. La tenaille se resserre spectaculairement avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. D’un côté, la production sur le territoire américain sera dopée par la chute du prix de l’énergie, la diminution de la fiscalité sur les entreprises, la débureaucratisation et la déréglementation pilotées par Elon Musk. De l’autre, les exportations chinoises vers les États-Unis pénalisées par des droits de douane de 60 %, se déverseront sur le grand marché européen.
Nicolas Baverez : «Le retour du chômage de masse»