Sonia Mabrouk et Philippe de Villiers : «Qu’est-ce que “l’âme française”?»
La journaliste publie Et si demain tout s’inversait et le fondateur du Puy du Fou, Mémoricide. Ensemble, l’essayiste franco-tunisienne et le Vendéen assimilé débattent des racines chrétiennes de la France, de notre rapport au sacré et à l’histoire. Philippe de Villiers sera l’invité des Rencontres du Figaro le 11 février.
LE FIGARO. - Votre livre, Philippe de Villiers, fourmille d’accents personnels. Vous racontez votre jeunesse et vous décrivez comme un « beur vendéen, le fruit d’une intégration réussie » . Vous êtes un assimilé, quelque part ?
Philippe DE VILLIERS. - Je suis un boomer ayant vécu la prospérité des Trente Glorieuses, j’ai reçu mon premier transistor au Noël de mes 14 ans. J’ai cru que les Trente Glorieuses seraient les « trente éternelles ». Je suis également un bocain (habitant du bocage, NDLR) ayant vécu derrière les haies, d’où une certaine timidité. Ma première langue est le patois vendéen, avec sa gouaille, sa verve, qui précède le français, ma deuxième langue. Troisième « B » : je suis un beur, fils d’un militaire lorrain qui rencontra de Lattre en Vendée, où il rencontra après-guerre une jeune Catalane. Je suis vendéen par le droit du sol. Suis-je un Vendéen assimilé ? Je le pense, ayant tout accepté jusqu’à perdre ma langue natale.
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Sonia MABROUK. - L’assimilation a d’abord bénéficié aux Français de Vendée, de Bretagne, de Normandie et d’ailleurs. Elle fut promue « à la schlague », si vous me passez l’expression, par les hussards de la République. Au lieu de pousser des cris d’orfraie comme on en a l’habitude aujourd’hui dès qu’on use de ce terme, il peut être utile de se rappeler que les Français furent les premiers assimilés, avec une exigence assez radicale à l’époque.
L.F. - Justement, Sonia Mabrouk, comment avez-vous rencontré charnellement la France, vous qui êtes arrivée de Tunisie au seuil de l’âge adulte ?
S. M. - Tout d’abord, la Tunisie et la France sont liées par une histoire moins blessée que celle, paroxystique, qui unit la France et l’Algérie. La Tunisie a été un protectorat français, non une colonie, il y a plus de compréhension, plus de proximité entre nos deux pays. J’ai vécu dans ma chair et mon cœur la toile d’araignée de la francophonie en Tunisie, rien qu’en étant inscrite à l’école française. Quand on passait la grille du lycée Cailloux ou du lycée Carnot, on était en territoire français, du moins se disait-on cela. C’était une fierté. Je suis entrée en France par la plus belle des portes, celle de la littérature et des romans, grâce à des professeurs français formidables.
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