Nicolas Baverez: «L’ombre de Moscou s’étend sur l’Europe»
La stratégie russe est limpide: créer le désordre et entretenir la peur en Europe, tout en divisant l’Union européenne.
Vladimir Poutine a ouvert la voie à Xi Jinping en s’assurant du pouvoir à vie. La révision de la Constitution de 2020 l’autorise en effet à exercer la présidence de la Russie, qu’il occupe depuis 1999, jusqu’en 2036. Simultanément, le calvaire infligé à Alexeï Navalny et la fraude massive aux élections législatives de septembre dernier ont éradiqué toute opposition. Ayant les mains libres à l’intérieur, le nouveau tsar entend profiter du trou d’air des démocraties occidentales pour donner un spectaculaire coup d’accélérateur à ses ambitions de puissance en Europe.
L’Union, affaiblie par le Brexit, est paralysée par la mise en place de la nouvelle coalition allemande et par la campagne présidentielle française. Elle se déchire autour de la gouvernance de l’euro et du grand marché, du respect de l’État de droit et des valeurs démocratiques, de l’immigration et du droit d’asile, du contrôle de ses frontières. Dans l’ouest du continent, on communie dans la discorde et le déni des risques stratégiques.
