J'ai lu et aimé : "Antiterrorisme : la traque des djihadistes" de Gilles Kepel et Jean-François Ricard - Par Laurent Sailly


Le mot de Méchant Réac® - Par Laurent Sailly

Gilles Kepel, ex-professeur des universités, politiste et arabisant, vient de publier avec Jean-François Ricard, procureur du Parquet national antiterroriste à sa création, en 2019 (jusqu'en 2024), Antiterrorisme : la traque des djihadistes (Éditions Plon). Un document exceptionnel faisant le bilan exhaustif de quatre décennies de terrorisme islamiste en France dans lequel ils analysent l’évolution du terrorisme djihadiste et les réponses institutionnelles apportées.

Depuis l’attentat de Saint Michel en 1995 jusqu’à l’assassinat du Professeur Dominique Bernard en 2023, la France a été confrontée à une menace djihadiste protéiforme. Ce phénomène, étudié par Gilles Kepel et Jean-François Ricard, s’est transformé au fil des décennies, passant d’un terrorisme « projeté » par des commandos venus de l’étranger à une menace plus diffuse et locale, alimentée par la radicalisation sur les réseaux sociaux et dans certains cercles communautaires.

La question centrale posée est celle de la « guerre des idées » : l’islamisme est-il en train de s’imposer dans la société française ? Les auteurs soulignent le risque de normalisation de la menace et d’instabilité dans l’espace public, nécessitant des réponses institutionnelles fortes. Parmi celles-ci, on note le renforcement du renseignement, la coopération européenne, la réforme de la justice antiterroriste et la transparence accrue. Des programmes éducatifs et des actions locales sont également mis en place pour prévenir la radicalisation.

L’éducation et la laïcité jouent un rôle central dans la prévention et la résilience face à la menace. L’école publique est présentée comme un lieu clé pour développer la pensée critique, le dialogue interreligieux et la cohésion civique. Des initiatives locales telles que le soutien scolaire, la médiation communautaire et la production de contre-discours crédibles sont encouragées.

Le « djihadisme d’atmosphère » se nourrit des flux numériques, des ressentiments et des fragilités sociales. Il est donc essentiel de promouvoir des contre-discours pro-sociaux et de préserver la liberté religieuse sans confondre religion et violence.

Les exemples récents, comme les meurtres de Samuel Paty et Dominique Bernard, illustrent la radicalisation de mineurs, souvent repérés grâce à la surveillance numérique. L’État a amélioré ses capacités de renseignement et de justice, mais la sanction pénale reste peu adaptée à l’idéologie radicale. La sortie annuelle de 50 à 80 détenus pour terrorisme islamiste pose un défi de suivi.

Les facteurs aggravants incluent les appels de l’État islamique à des attaques solitaires en France, la fragilité politique intérieure et le contexte international, notamment le conflit israélo-palestinien qui exacerbe les antagonismes communautaires.

En conclusion, la menace djihadiste n’a pas disparu mais s’est transformée. Le défi consiste à concilier sécurité et libertés, renforcer l’éducation et la laïcité, et construire une société résiliente. L’objectif n’est pas d’éliminer totalement le danger, mais de « vivre avec » tout en protégeant les valeurs républicaines.