J'ai lu et aimé : "Narcotrafic, le poison de l'Europe" de Mathieu Verboud et Christophe Bouquet - Par Laurent Sailly
Les récents meurtres à Marseille, dont celui du frère du militant antidrogue Amine Kessaci, illustrent la violence croissante liée au narcotrafic. Le livre « Narcotrafic, le poison de l’Europe » (Ed. La Découverte) de Mathieu Verboud et Christophe Bouquet décrit une guerre totale et sans fin, où policiers, magistrats et journalistes sont impliqués. Un marché de la cocaïne devenu « sans maître », échappant à tout contrôle des États comme des cartels traditionnels. Il met en lumière une économie criminelle déterritorialisée et ultra-concurrentielle, nourrie par la prohibition, qui constitue aujourd’hui une menace majeure pour la sécurité intérieure européenne.
La France occupe une place centrale dans ce système criminel : ses ports du Havre et de Marseille constituent des points d’entrée stratégiques dans une Europe de libre circulation. Les flux viennent d’Amérique latine, transitent par Rotterdam et Anvers, et s’étendent jusqu’aux circuits de blanchiment à Dubaï.
Depuis trente ans, l’explosion de la production de cocaïne a décuplé l’offre et la demande, transformant le narcotrafic en une véritable économie mondialisée. Les trafiquants fonctionnent comme des entrepreneurs opportunistes, partageant compétences, risques et bénéfices. Le numérique et les messageries cryptées renforcent cette économie souterraine, intégrée aux logiques du capitalisme global.
La corruption et l’intimidation gangrènent les ports européens et menacent la France. Les auteurs rappellent l’exemple italien de la loi Pio La Torre, qui visait les mafieux au portefeuille, et regrettent le retard français. Pour eux, le narcotrafic est un révélateur des dysfonctionnements démocratiques : il ne peut être éradiqué rapidement, mais doit devenir une priorité nationale.

