JNIM au Mali : l’étranglement de Bamako et la stratégie du califat par consentement - Par Fiacre Vidjingninou
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a profondément transformé sa stratégie au Mali. Plutôt que de recourir à la terreur spectaculaire, il cherche désormais à obtenir le consentement des populations. Depuis septembre 2025, Bamako subit une asphyxie économique : les routes sont bloquées, les camions-citernes attaqués, les écoles et cliniques fermées, et les prix ont triplé. Le JNIM n’a pas besoin de conquérir militairement la capitale ; son objectif est d’affaiblir la junte pour imposer un pouvoir malléable, tout en consolidant son contrôle rural et minier.
Dans les villages, l’implantation suit un protocole culturellement intégré : réunions sous l’arbre à palabres, discours en bambara, premières exigences modestes (port du foulard, séparation des sexes). Cette approche progressive normalise l’ordre islamique. Le JNIM renforce sa légitimité en offrant une justice rapide et gratuite, contrastant avec une justice étatique jugée corrompue, et en sécurisant les routes locales moyennant taxes religieuses.
Sur le plan géopolitique, le groupe s’est distancié d’Al-Qaïda, privilégiant un discours nationaliste et des alliances pragmatiques, comme avec des rebelles touaregs contre Wagner en 2024. Il étend son influence vers le Golfe de Guinée, notamment en Côte d’Ivoire et au Bénin, où les attaques frontalières se multiplient. L’objectif est de contrôler un corridor stratégique reliant le Sahel aux côtes atlantiques.
Le succès du JNIM repose autant sur son intelligence tactique que sur l’effondrement de l’État malien, aggravé par les exactions des forces locales et des mercenaires russes. Ce « califat invisible » s’impose progressivement dans les campagnes, annonçant une menace durable pour l’Afrique de l’Ouest.
Fiacre Vidjingninou
JNIM au Mali : l’étranglement de Bamako et la stratégie du califat par consentement
