Philippe Bilger : Et si rien ne changeait demain ?

Je ne suis pas sourd et au fil des jours et des débats je ne peux demeurer insensible non seulement à l'effritement de la confiance pour aujourd'hui - il s'aggrave - mais à la montée de la défiance pour demain (JDD).

Dois-je opérer une révision déchirante sinon de mon optimisme du moins de ma certitude qu'après, rien ne pourra plus être comme avant ? Faut-il que je maintienne ce que je n'ai cessé de dire et d'écrire ? Que ce fléau et son éradication si lente à venir nous sortent du registre politique et des joutes partisanes et que les promesses du pouvoir seront forcément réalisées, parce que le coronavirus est une tragédie collective et que trahir ses engagements relèverait d'un pur cynisme ?

La comparaison entre le président de la République d'hier, infiniment classique pour le pire ou pour le meilleur, et celui qu'il a déclaré vouloir devenir ne devrait pas être frappée systématiquement de suspicion puisqu'entre les deux, il y a le gouffre terrifiant d'une épidémie bousculant les schémas et mettant à bas les calculs.

C'est ce que je m'étais efforcé de signifier par mon billet du 17 mars : "Macron ou le souci des Français..."

J'ai sans doute abusé de cette citation de Jacques Rigaut, un poète qui s'est suicidé à trente ans, mais elle me semble tellement adaptée à ma conception initiale de cette période, de ce cataclysme que je la répète : "Pourquoi attend-on d'être au fond du trou pour se demander comment on est arrivé au bord ?"
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