Florent Guénard : «A force d’être habitué aux libertés, on finit par en sous-estimer la valeur»

Dans quelles conditions un pouvoir peut-il suspendre des libertés individuelles sans sortir du champ démocratique ?


La liberté est évidemment un pilier fondamental de la démocratie. Mais il faut distinguer deux types de liberté. D’abord, les libertés fondamentales ​: les libertés d’expression, de mouvement, d’association, de pensée. Ensuite, les libertés politiques qui garantissent que les citoyens soient associés aux décisions publiques. Cela revient à dire que nous sommes libres parce que nous avons consenti à des décisions qui s’appliquent à nous. Dans un régime d’exception, le pouvoir peut suspendre un certain nombre de libertés. Il met alors de fait entre parenthèses l’esprit démocratique. Tout dépend alors des conditions dans lesquelles cette suspension se fait.

Un, il faut que ce soit temporaire. Je trouve important que l’exécutif dise ​: le confinement durera jusqu’à cette date et ensuite, nous verrons s’il faut le prolonger. Deux, il faut garantir un retour complet aux libertés. Le régime d’exception ne doit pas devenir une réalité. Trois, et ce point est sous-estimé dans la gestion de la crise actuelle, il faut un encadrement démocratique de la suspension de libertés. Emmanuel Macron aurait pu dire ​: « ​Nous savons que nous suspendons un certain nombre de libertés démocratiques mais nous constituons une commission avec des parlementaires, des représentants de la société civile, des personnalités, des citoyens tirés au sort, chargée de surveiller cette suspension des libertés et les conditions de leur rétablissement. ​» Une telle mesure, ou quelque chose du même ordre, aurait également été pleinement rassurante. Cela aurait été une manière de maintenir quelque chose de la liberté politique, au moment où on suspend certaines libertés de base.

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