Grâce à la vaccination, Emmanuel Macron promet un avenir radieux (et tout le reste sous le tapis) - Par Christophe Bouillaud
Emmanuel Macron a annoncé la vaccination obligatoire des soignants et l’extension du pass sanitaire à tous les lieux accueillant du public d’ici août. Certaines libertés ne commencent-elles pas à être entamées?
Atlantico : Emmanuel Macron a annoncé la vaccination obligatoire des soignants et l’extension du pass sanitaire à tous les lieux accueillant du public d’ici août. En faisant le choix de conditionner l’accès à certains lieux, n'entame-t-il pas (trop) lourdement certaines libertés, même si la situation sanitaire demande de l'action ?
Christophe Bouillaud : C’est sûr que du point de vue des libertés publiques la situation ne parait pas bien brillante. Comme Macron l’a lui-même laissé entendre dans son allocution, nous allons tout droit vers la vaccination obligatoire pour tous. Après, en faisant preuve de sarcasme, on peut dire qu’une chose fondamentale restera pour l’instant tout de même autorisée aux Français : aller travailler dans la plupart des entreprises (sauf celles recevant du public) ou aller étudier si on n’est pas vacciné. Le caractère sacré du travail et aussi de l’éducation est ainsi réaffirmé. Pour le coup, l’obligation de se rendre au travail ou dans un lieu d’étude (écoles, lycées, universités) en étant vacciné ne vaudra que pour le monde des soignants. Cela viendra sans doute ensuite pour tout le monde, mais Emmanuel Macron a sans doute reculé devant cette mesure d’ordre général, car, dans la mesure où des millions de gens restent en attente d’une dose de vaccin, la première ou la seconde, elle aurait été de nature à bloquer la vie économique et sociale, et à coaliser patrons et salariés dans un même refus, sans compter la révolte des parents dont les adolescents ne seraient plus accueillis faute d’être vaccinés le jour de la rentrée. Il ne faut pas oublier que le nombre des vaccinés à ce jour tient aussi au fait que le processus de vaccination de la population depuis le mois de janvier 2021 a été pour le moins poussif et au total assez peu pédagogique. Il a tout de même été sauvé par des sites de prise de rendez-vous ou d’agrégation de créneaux de vaccination libres, mais on ne peut pas dire que les pouvoirs publics aient brillé dans cette affaire.
