Nicolas Baverez – Guerres, l'Occident en échec

Afghanistan, Sahel… Les démocraties alignent les défaites. Dans un monde redevenu dangereux, la France et les États-Unis doivent revoir leur approche.


Les États-Unis et la France éprouvent la justesse de la formule de Machiavel qui rappelait qu’« on fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut ». Pour n’avoir pas réussi à faire la décision sur le plan militaire et pour avoir échoué sur le plan politique, les guerres d’Afghanistan et du Sahel s’achèvent par un retrait en forme de défaite contre l’islamisme. L’Afghanistan, en mettant en échec les États-Unis au XXIe siècle après l’Angleterre au XIXe et l’Union soviétique au XXe, confirme son statut de fossoyeur des empires. Joe Biden a annoncé le départ définitif des troupes américaines d’Afghanistan pour le 11 septembre 2021, qui est déjà effectif avec l’abandon des bases de Kandahar et de Bagram. Il signe la défaite des États-Unis, qui est aussi celle de l’Otan. En vingt ans d’engagements, l’Amérique a enregistré plus de 2 400 morts et 20 000 blessés et investi en pure perte plus de 800 milliards de dollars. Son retrait laisse un pays promis à la guerre civile et au retour au pouvoir rapide des talibans qui contrôlent directement ou indirectement 320 des 398 districts du pays contre 78 pour le gouvernement de Kaboul.

Huit ans après l’opération Serval, Emmanuel Macron a rendu public le 10 juin dernier la fin de l’opération Barkhane. Fortes de 5 100 hommes, les troupes françaises engagées au Sahel devraient être ramenées à 3 000 à l’été 2022 et à 2 500 au début 2023. Elles ont obtenu de remarquables succès tactiques sur un terrain aussi vaste que l’Europe, en portant des coups très durs et en limitant les capacités d’action de l’État islamique dans le Grand Sahara et d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Et ce au prix de 57 morts et pour un coût de 1 milliard d’euros par an. Pour autant, l’échec stratégique est patent. Le djihadisme a gagné toute l’Afrique de l’Ouest jusqu’au golfe de Guinée, déstabilisant le Burkina et la Côte d’Ivoire. La population du Mali s’est retournée contre la France en raison des quelque 8 000 morts civiles et des 2 millions de réfugiés, mais aussi du fait de l’assimilation d’une opération extérieure au néocolonialisme, notamment sous l’effet des actions de désinformation conduites par la Russie. La légitimité de l’intervention est minée par les coups d’État au Mali et au Tchad, par la corruption et le double jeu des dirigeants, à l’exemple de la junte malienne qui a signé un accord de coopération militaire avec la Russie en 2019 et qui négocie en sous-main avec les groupes djihadistes.