Passe sanitaire: «Il faut s'inquiéter du monde qui vient» - Par Jean-Thomas Lesueur et Cyrille Dalmont
Le 12 juillet, Emmanuel Macron a annoncé l'extension du passe sanitaire aux espaces de loisir, où il faudra bientôt présenter un QR code. Cette décision s'inscrit dans une dynamique de traçage numérique et de privation de libertés, déplorent Jean-Thomas Lesueur et Cyrille Dalmont.
Il est des dates qui font époque. Le 12 juillet 2021 sera de celles-là. En annonçant son extension à de très nombreux lieux qu'habite notre vie courante et en affirmant si brutalement qu'il entend «faire porter les restrictions sur les non-vaccinés plutôt que sur tous», Emmanuel Macron fait du passe sanitaire la condition nécessaire à l'exercice de nos libertés d'aller et venir, de travailler et de nous réunir.
Au nom de l'impératif sanitaire, il met la santé publique et les libertés fondamentales dans la balance et privilégie sans grand débat la première. Adoptant la posture du chef qui montre le chemin, il récuse toute expression du doute et de la nuance. Il ignore superbement le sage conseil de Montesquieu qui invitait les gouvernants à ne toucher la loi «que d'une main tremblante». Les contre-pouvoirs sont aux abonnés absents, le Parlement une nouvelle fois humilié.
Il est spectaculaire et, hélas, significatif que l'État puisse se doter d'un instrument de traçage numérique de la population française si facilement. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Nous voulons nous adresser ici à tous ceux qui croient ou prétendent que «ce n'est pas si grave», que le passe sanitaire ne durera que «le temps d'un été», qu'il est «respectueux de nos données personnelles». En rétablissant quelques données factuelles et en rappelant dans quelle dynamique de restriction des libertés fondamentales nous sommes engagés en France comme en Europe, nous espérons les convaincre de la gravité de la décision du président de la République.
