Arnaud Benedetti: Faible avec l'ultragauche, fort avec les Français, l'Etat de Macron impose sa double peine


Les manifestations contre le projet de loi de sécurité globale ont pour premier effet de permettre aux gauches de retrouver un semblant d’unité, sur fond de dispersions stratégiques et programmatiques. Le calendrier choisi par le gouvernement pour présenter son texte, en pleine crise sanitaire et alors que des contraintes multiples inhérentes à celle-ci pèsent sur la société, installe cette idée d’un pouvoir tenté par une dérive autoritaire. Le constat ne peut être écarté d’un revers, mais il n’est pas propre en fin de compte à Emmanuel Macron et à sa majorité.

C’est un mouvement qui travaille les démocraties libérales depuis plusieurs années désormais. L’un de nos meilleurs spécialistes de la philosophie politique, peu suspect d’extrémisme, l’aronien Pierre Manent, écrivait encore voici quelques mois : « Il y a longtemps que nous sommes sortis à bas bruit du régime démocratique libéral. »

C’est au nom d’une certaine idée de la protection au demeurant que cette « sortie » s’opère. L’Etat, à proportion qu’il ne parvient pas toujours à assumer ses missions fondamentales et à maîtriser les effets d’une mondialisation dérégulée, en vient à se justifier par un « management » de nos conduites les plus individuelles. La pandémie, de ce point de vue, lui aura offert un propice terrain de jeu.