Valérie Toranian :Black blocs, violence et résignation. La dépression française


La France est en phase aiguë de nihilisme. Déprime, incertitude, flottement, noirceur. La petite musique de l’« aquoibonisme » et de la résignation trotte dans les têtes : plus rien ne vaut rien, Dieu est mort, la République fout le camp, il n’y a plus ni valeurs, ni respect. Rien que le cynisme, qui n’a pas de parti. Et l’endormissement dans la tyrannie douce des GAFAM. Ce n’est pas uniquement la faute de la pandémie. Certes, elle en rajoute une couche (le chaotique feuilleton de la gestion de la crise sanitaire n’a pas aidé…) mais voilà longtemps que le mal nous gratte de partout. La dépression nationale est peut-être aujourd’hui la notion qui rassemble le plus de Français. Inévitable corollaire de ce nihilisme passif, mais en plus dangereux, le nihilisme actif : l’incivilité, l’agressivité, la violence sont en hausse.

Chaque semaine, hormis quelques rares moments de répit, la violence s’invite dans les centres-villes, relayée en live sur les plateaux de télévision. Tous les samedis, les casseurs, les Black blocs, les « ultra-jaunes » s’invitent dans les cortèges des manifestations, quels qu’en soient les mots d’ordre. Un bain de casse, de tabassages, de commerces explosés, de voitures en feu, d’affrontements aux pavés, matraques et barres de fer. Il y a quarante ans, à la même heure, la France de Giscard communiait dans le spectacle à paillettes, si niais mais si bon, des shows de variétés des Carpentier. Giscard nous a quittés et avec lui disparaît définitivement l’illusion d’une France des possibles.