Peggy Sastre : Nouvelle crise de paranoïa aiguë en milieu féministe


La paranoïa est une sale maladie qui nous fait voir le monde non pas tel qu'il est, mais tel qu'on le croit façonné par les intentions malveillantes d'autrui. Le trouble est parmi les plus caractéristiques de la tendance de notre cerveau à surévaluer le risque des faux positifs et à minimiser celui des faux négatifs. Et à raison adaptative. Imaginez 100 interactions avec vos congénères, qu'importe que vous en pensiez 99 à tort hostiles s'il n'y en a qu'une qui peut réellement signer votre trépas. Dans ce cas, vous vous serez effectivement prémuni du pire et vos gènes auront de quoi se perpétuer en emportant avec eux votre caractère ombrageux. À l'inverse, l'humain étant ce qu'il est – un animal où il y a toujours une probabilité non nulle de se faire dessouder par un autre membre de son espèce –, l'insouciance se paie cher. Lors de cette centième interaction que vous estimerez par défaut bienveillante, qu'importe que vous ayez vu juste lors des 99 précédentes, ce sera le moment pour vous et vos gènes de Bisounours de quitter la grande histoire de la vie. Il en résulte des humains davantage câblés pour la défiance que pour la fraternité sans souci.

À ce cadre général s'ajoutent évidemment des tendances particulières : selon le contexte et leurs spécificités, tous les humains n'ont pas le même intérêt à craindre les mêmes choses et avec la même intensité. Si vous êtes une femme, la perspective d'un rapport sexuel non consenti avec un homme est l'une des pires choses qui puissent vous arriver, d'où la peur immense que la perspective d'un viol peut susciter chez une femme, et l'énorme potentiel traumatique que représente cet acte criminel s'il a effectivement lieu.