Thierry Godefridi : La « Responsabilité » face à la « culture de l’excuse » et au « tous responsables »


« Profondément responsable, pour autant pas coupable ! ». La formule, ramenée à ses termes les plus révélateurs, est extraite d’une déclaration de la ministre socialiste Georgina Dufoix sur TF1 en 1991 dans l’affaire du sang contaminé, notamment par le virus du sida. (Responsable, elle fut jugée ne pas l’être car elle n’avait pas commis de faute dans le cadre de l’exercice de sa charge ; ni coupable, car elle n’avait pas commis d’acte illégal.) Reste la formule.

Jamais la responsabilité collective n’a autant été invoquée, jamais l’irresponsabilité individuelle n’a été aussi prégnante que de nos jours. Jamais, sans doute est-ce exagéré, car, dans les sociétés primitives, il en allait déjà ainsi. C’est là que le bât blesse – sommes-nous en pleine régression sociale ? – et c’est le projet d’Alain Laurent dans son livre sur la Responsabilité, publié cette année aux Belles Lettres, de « réactiver la responsabilité individuelle », la condition sine qua non d’une société libre et ouverte.

Deux idéologies contribuent à exonérer l’individu de toute responsabilité sur un plan théorique, le sociologisme et le « neuroscientisme », la première en considérant que les individus sont structurés par la société dans laquelle ils vivent (« c’est la faute à la société »), la seconde en estimant que leur agir est dicté de manière inconsciente par leur cerveau et que les individus ne disposent pas de leur libre arbitre.