Edouard Husson : 2020 ou l’année où la France bascula dans la double pensée


Qui se souvient d’une époque où l’on disait que Time Magazine était plutôt proche des Républicains américains et Newsweek des Démocrates? Je me rappelle que mes parents étaient abonnés aux deux. C’était dans les années 1970 et 1980: ils avaient une petite préférence pour l’orientation politique de Time mais lire l’un et l’autre donnait une bonne idée de ce qui se disait et pensait aux Etats-Unis avec deux grands partis qui se combattaient mais n’étaient pas séparés par le fossé d’une guerre civile culturelle comme aujourd’hui. Il arrivait que ces deux journaux parlent de la France. Ce n’était pas toujours profond mais c’était respectueux de la réalité de notre pays.

Quarante ans plus tard, on ne constate pas seulement une évolution mais une révolution. Newsweek n’a pas résisté au bouleversement numérique des médias. Il n’existe plus qu’en format digital; et le journal a été modéré dans son soutien à Biden, faisant de temps en temps de la place à des soutiens de Donald Trump. Time Magazine a mieux résisté économiquement; mais en revanche le magazine a complètement trahi son esprit d’origine. Et rien ne le révèle mieux que la place faite cette semaine, dans le groupe des personnalités de l’année, à Assa Traoré. La jeune femme est présentée comme une équivalente des activistes américains qui ont organisé des manifestations après la mort de George Floyd. Elle déclare elle-même dans le texte accompagnateur que son frère est une victime, au même titre que George Floyd.