Edouard Husson : 2020, l’année du naufrage de l’Etat français


Atlantico.fr : En quoi l’année 2020 a été le révélateur des faillites technocratiques de l’Etat ?

Edouard Husson :
Je pense qu’il faut faire la part des circonstances: elles ont accéléré une prise de conscience qui aurait dû avoir lieu plus tôt. La crise du Covid-19 sert en effet de révélateur sur plusieurs points: Emmanuel Macron représente théoriquement ce qu’il y a de meilleur dans la haute administration. Or il y a un contraste fort entre ses poses de « chef de guerre » et son incapacité à faire face à une épidémie d’intensité très relative si l’on se fonde sur les chiffres de la mortalité. Il n’est pas le seul. Edouard Philippe aura réagi aussi comme un technocrate dépassé par les événements. Il est vrai qu’après Philippe on a Castex. Si l’on pointe l’objectif sur le Ministère de la Santé, Olivier Véran ou Jérôme Salomon révèlent une grave baisse de niveau dans la formation de nos médecins: le facteur humain, si important dans le rapport entre un médecin et son patient, a fortiori entre le ministère de la Santé et une société plongée dans l’incertitude par un virus inconnu, est totalement absent du comportement de ces docteurs Knock. Et surtout, la mise en place des Agences Régionales de Santé il y a une dizaine d’années a produit une bureaucratie qui coûte très cher mais semble largement parasiter le fonctionnement de l’hôpital. Nous aurons donc eu une équipe très peu politique, très bureaucratique en charge de combattre une épidémie qui demandait une souplesse d’analyse et une réelle capacité organisatrice, du bon sens, une vue synthétique. Il aurait fallu faire confiance à nos grands chercheurs, laisser faire la médecine de ville, solliciter nos industriels pour faire fabriquer ou importer ce qui nous manquait en stock. Il aurait été vital de fermer nos frontières, de faire confiance à l’immunité collective tout en protégeant de manière ciblée les personnes à risque. Mais pour cela nous ne pouvons pas être gouvernés par des bureaucrates. Nous avons besoin de personnalités politiques dans un pays qui ait gardé une culture industrielle.