Nicolas Baverez : Qui dominera le monde de l'après-Covid ?
L'épidémie de coronavirus, par sa dimension planétaire, sa violence et sa complexité, est ainsi en passe de devenir la matrice du XXIe siècle, comme la Première Guerre mondiale fut celle du XXe siècle. Elle joue un rôle d'accélérateur et de révélateur de la nouvelle donne propre à l'histoire universelle. Elle succède à l'ordre bipolaire de la guerre froide, verrouillé par l'équilibre de la terreur nucléaire, qui s'acheva en 1989 par l'effondrement intérieur de l'Union soviétique, puis à l'après-guerre froide. Il sembla marquer le triomphe de l'Occident au moment même où la mondialisation mettait fin à la domination qu'il exerçait sur l'histoire du monde depuis 1492. Le leadership des États-Unis et l'ordre de 1945 dont ils étaient les garants se sont fracassés sur la vulnérabilité affichée lors des attentats de 2001, sur le cycle des guerres perdues d'Afghanistan, d'Irak et de Syrie – qui dilapidèrent plus de 6 000 milliards de dollars –, sur l'implosion de l'économie de bulles en 2008, sur l'embardée populiste de la présidence de Donald Trump, conclue par le Pearl Harbour sanitaire du Covid.
