Pierre-Henri Tavoillot : « “Violences policières”: l’ultragauche a gagné la bataille culturelle une fois encore »


Il faut savoir reconnaître sa défaite. Sur le sujet de la «violence policière», l’ultragauche a gagné, y compris au plus haut niveau de l’État, la bataille pour «l’hégémonie culturelle». Par ce concept fort, Gramsci signifiait, contre le matérialisme de Marx, que la lutte révolutionnaire ne pouvait se contenter de viser l’infrastructure socio-économique des rapports de production et des forces productives. Le combat devait se jouer aussi et surtout au niveau de la superstructure, c’est-à-dire des savoirs, des opinions, des croyances, bref des idées. Et ce, d’autant plus qu’il fallait bien admettre que le prolétariat avait déçu les espoirs placés en lui. À l’évidence, son désir profond était moins de massacrer du bourgeois qu’en devenir un lui-même, même petit! D’où, faute de masses révolutionnaires, ce nécessaire déplacement du combat sur le terrain des idées. Et là, l’efficacité fut redoutable.

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Aidée par l’entrisme au sein des médias, par l’idéologie bobo, par l’esprit généreux et pacifié du temps, par un goût morbide de culpabilité, par la multiplication des CAD (causes à défendre) et par l’espoir de la convergence des luttes, l’ultragauche a su agglomérer une constellation de déceptions démocratiques. En vrac: l’égalité en panne, l’environnement en danger, les femmes opprimées, les animaux oubliés, la finance en délire, le racisme renaissant, le bonheur en berne… Et, pour cause de tous ces maux, un système - le capitalisme ; un régime - la démocratie libérale ; et un «coupable presque parfait» (Pascal Bruckner) - le mâle blanc, bourgeois et vieux. Grâce à ce schéma culturel, c’est l’ultragauche désormais qui dicte l’agenda politique et médiatique. Ultra-minoritaire en nombre, elle est dominante en visibilité. Alors que l’extrême gauche conserve l’espoir de conquérir le pouvoir, l’ultragauche n’aspire qu’à le détruire.