Nicolas Baverez : Et à la fin de l'épidémie, c'est l'Allemagne qui gagne (encore)


L'épidémie de Covid-19 accélère la restructuration de la mondialisation autour de pôles régionaux tout en accroissant les écarts entre les nations selon leur capacité à gérer la crise sanitaire et économique. L'Europe, avec quelque 350 000 morts et une récession de 8,5 %, reste le continent le plus touché. Dans le même temps, la divergence entre pays du Nord et pays du Sud constitue une menace majeure pour l'avenir de son intégration. Le symbole en est donné par le fossé qui sépare l'Allemagne et la France : il y a désormais une Union et une monnaie pour deux Europe.

Les réalités économiques sont têtues. La France subira une chute du PIB de 11 % en 2020, avec la perspective d'une croissance limitée à 6 % en 2021. Le chômage touchera 10 % de la population active. Le déficit commercial atteindra 72 milliards d'euros, et la dette publique s'envolera de 98 à 121 % du PIB. L'Allemagne, de son côté, parviendra à cantonner le recul de l'activité à 5,5 % du PIB et retrouvera le niveau d'avant crise dès la fin 2021. Elle restera en plein emploi avec un taux de chômage de 4,5 %. Elle affichera un excédent commercial de 181 milliards en 2020 et conservera la maîtrise de ses finances publiques, la dette passant de 58 à 75 % du PIB.