Jacques Julliard : «Le grand déclassement: la France en miettes»


Déclassement! J’ai longtemps renâclé à ce mot qui avait commencé à circuler au printemps dernier. Et puis, il a bien fallu se rendre à l’évidence. On doit la vérité à qui l’on aime, surtout quand cette personne est la France. Elle ne va pas bien, la France, elle baisse, comme on dit des vieilles gens, elle descend en deuxième division, comme on dit au football.

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Et cela pour de multiples raisons. D’abord parce que notre siècle est la revanche des grands espaces sur les petits, des vastes champs de labour sur les jardins de curé. Or la Russie, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Brésil sont à eux seuls des quasi-continents, quand la France n’est que la pointe avancée d’un promontoire.

Ensuite et surtout, parce que nous sommes las de nos gloires passées qui ne disent plus rien à notre jeunesse. Dans notre for intérieur, nous avons déjà secrètement acquiescé à notre déclin. Les efforts et les sacrifices que les Français ont dû consentir pour accompagner Louis XIV, Napoléon et pour finir Charles de Gaulle dans leur quête de la grandeur, ils ne sont pas disposés à les renouveler. Notre affaissement actuel a commencé en 1918, quand nous sortîmes vainqueurs, mais épuisés, de notre combat contre l’Allemagne. Or voilà que la pandémie de Covid-19 nous dit tout haut ce que nous nous murmurions tout bas.