Guerres du futur : la France mise sur l’anticipation de conflits militaires conventionnels, le Royaume-Uni sur la technologie, qui a raison ?

Selon The Economist, la France continue d'anticiper des conflits et des engagements militaires de grande intensité comme lors de l'exercice "Orion". Nos voisins britanniques ont adopté une stratégie alternative avec une réduction du nombre de troupes mais avec des investissements dans le domaine de la technologie et de l'innovation pour préparer les conflits de demain. Quelle approche est la plus appropriée au regard du contexte géopolitique actuel ?


Atlantico : The Economist rapporte la tenue prochaine en Champagne-Ardenne d’un exercice militaire de très grande ampleur, « Orion » engageant jusqu’à 10 000 soldats et l’armée de l’air visant à préparer l’hypothèse d’un engagement majeur (HEM) de l’armée française dans un conflit de grande intensité, pouvant selon le chef d’état major de l’Armée de Terre Thierry Burkhard engager jusqu’à une division armée (25 000 soldats). Si l’on relie ces hypothèses à la revitalisation conséquente du budget des Armées, atteignant aujourd’hui 50 mds par an, et le renouvellement important de son matériel depuis 2010, peut-on dire qu’un conflit de grande intensité impliquant la France n’est plus un lointain spectre mais une hypothèse envisagée très concrètement dans un futur proche par l’armée ?

Vincent Desportes :
Il est clair que le monde va vers plus en plus de violences et de conflits armés. Les guerres que nous pensions impossibles comme les guerres de conquête de territoire redeviennent possible, comme nous l’a montré l’été dernier la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. On voit par ailleurs un conflit qui monte à l’horizon de manière trop nette, hélas, qui est celui qui viendra de l’affrontement entre les Etats-Unis d'Amérique et la Chine et personne ne sait si la montée en puissance de la Chine qui deviendra la première puissance mondiale pourra se faire sans un affrontement ouvert avec les Etats-Unis d'Amérique. Quant à la Russie, évidemment, on ne connaît pas exactement ses intentions. On voit par ailleurs des démarches d’empire ; celles de la Turquie, celles de la Russie, l’Iran est un acteur que l’on maîtrise mal… Il ne faut pas penser que les guerres de l’avenir seront les guerres que nous conduisons aujourd’hui qui pourront être conduites par des corps expéditionnaires de petit volume à l’extérieur du territoire national. Ce serait faire injure à l’histoire, et ne pas se rappeler par exemple que si nous avons perdu la guerre de 1870, c’est parce que nous nous étions habitués à de petites guerres à l’extérieur (au Cochinchine, à Madagascar, en Afrique…) et que nous n’imaginions pas la venue de la guerre qui en fait était probable.