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Christophe de Voogd : Mémoire de l’esclavage, la tentation totalitaire de la réécriture de l’Histoire par les néo anti-racistes

Atlantico.fr : L'histoire de l'esclavage est-elle instrumentalisée dans le débat actuel ? 
Christophe de Voogd : Evidemment, mais ce n’est en rien une nouveauté. L’histoire est instrumentalisée depuis toujours. Pensez à la conquête de la Gaule par Jules César, écrite par lui-même. Et à la phrase de Churchill: “l’histoire sera bonne pour moi car j’ai bien l’intention de l’écrire”. Et cette instrumentalisation n’est pas une mauvaise chose en soi puisque le rapport au passé est une dimension essentielle de toute identité collective. Il n’est pas de communauté humaine sans mémoire. Et ce qu’on appelle “le roman national” français a bien été l’instrument de la conscience nationale et républicaine de la IIIème république, parfaitement pensé et voulu comme tel par un homme comme Lavisse, dont le manuel était encore en usage dans les années 1960. A cet égard, la phrase d’Orwell dans 1984, “celui qui commande le passé commande le futur, celui qui commande le présent commande le passé” vaut pour toutes les sociétés. Phrase profonde et souvent mal comprise : tout projet politique, c’est-à-dire, toute projection collective dans le futur, exige la maîtrise de la lecture du passé ; et la détention du pouvoir dans le présent permet justement le contrôle de la fabrique et des vecteurs de cette lecture (recherche historique et surtout enseignement et médias). Tant que ce contrôle reste partiel, tant que les versions du passé restent plurielles, l’histoire se porte bien. De même, la recherche et la culture historiques profitent des nouvelles questions posées par notre temps au passé. Nous avons énormément appris sur la condition féminine à Rome ou sous l’Ancien régime depuis que l’on s’intéresse au “genre”. De même les revendications des minorités ethniques ont contribué à un nouveau regard sur la colonisation, ne serait-ce que l‘étude des révoltes noires dans les colonies, passées sous silence dans l’enseignement traditionnel (celui que j‘ai reçu) qui poursuivait le schéma mental de “l’esclave-objet” de l’histoire. 
Les problèmes arrivent lorsque se produisent deux phénomènes, souvent liés : d’abord lorsque non seulement les questions du présent mais les réponses de celui-ci sont plaquées sur le passé, jugé à l’aune de nos propres critères ; d’où l’anachronisme sidérant qui conduit à “dénoncer”, deux mille ans plus tard, le patriarcat et l’esclavages romains ou l’intolérance du Moyen Âge. Ensuite lorsque l’instrumentalisation devient manipulation. Et là, on risque fort de tomber dans l’univers proprement orwellien, fondé non sur une certaine lecture mais sur la réécriture permanente du passé dont 1984 nous montre le processus administratif implacable, au sein du “Ministère de la Vérité”. Cette tentation totalitaire, de fait, anime les plus activistes militants anti-esclavagistes et racialistes. Le déboulonnage des statues en est le signe immanquable, renouant avec les montages staliniens (plus de Trotski, Zinoviev ou Kamenev sur les photos et les films de la révolution bolchevique) et les autodafés et autres procédés hitlériens ; ou, plus près de nous, la destruction des bouddhas de Bamiyan ou les destructions de Daesh à Palmyre.

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