L’Asie-Pacifique est-elle en train de déclasser l’Occident ? - Par Sophie Boisseau du Rocher

La chercheuse Sophie Boisseau du Rocher (Ifri) vient de recevoir le prix du livre géopolitique 2025, soutenu par Dassault Aviation, pour L’Asie-Pacifique. Nouveau centre du monde, coécrit avec le diplomate Christian Lechervy (Editions Odile Jacob). Un ouvrage essentiel pour comprendre la réussite économique de cette région du monde.

Sophie Boisseau du Rocher est chercheuse au centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), spécialiste de l’Asie du Sud-Est.

LE FIGARO - Comment définissez-vous géographiquement l’Asie-Pacifique dont traite votre livre ? Pourquoi cette délimitation ?

SOPHIE BOISSEAU DU ROCHER -
L’Asie-Pacifique est constituée des pays d’Asie du Nord-Est (Japon, Chine, Mongolie, Corée du Nord, Corée du Sud et Taïwan) et des pays d’Asie du Sud-Est (Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam, Malaisie, Singapour, Indonésie, Brunei, Philippines, Timor-Leste), soit 17 pays. Sa dénomination a évolué au fil de l’histoire : Extrême-Orient, Asie orientale, Asie de l’Est… L’un des points qui nous paraît le plus pertinent pour l’analyse est que ces pays sont tous reliés, avec des degrés d’influence variés et des réinterprétations locales, au « bloc de civilisation sinisée » tel que défini par le sinologue Léon Vandermeersch.

Car la question est bien là : le développement postmoderne que connaît l’Asie-Pacifique pourrait-il aussi s’expliquer par des traits culturels partagés ? Cette même référence culturelle nourrit des comportements et des pratiques sociales qui débordent les seules dynamiques de croissance ; les organisations sociétales, les philosophies politiques, les choix éducatifs ou les cultures diplomatiques et sécuritaires, tous ces aspects contribuent à un fond commun de mentalité. Du Japon à l’Indonésie, et en dépit de différences évidentes, on retrouve un même terreau qui justifie l’analyse du recentrage asiatique.