Pétition contre une « loi votée sans vrai débat parlementaire » : mais au fait, QUI a détraqué la démocratie représentative française ? - Par Raul Magni Berton


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Le succès de la pétition contre la loi Duplomb, avec près de 1,8 million de signatures, révèle une profonde crise de confiance envers la démocratie représentative française. Le politologue Raul Magni Berton, dans un entretien pour Atlantico, souligne que ce phénomène est mondial, mais particulièrement aigu en France où les institutions échouent à représenter efficacement les citoyens. Emmanuel Macron est pointé du doigt pour avoir affaibli les corps intermédiaires et gouverné de manière autoritaire, utilisant largement les ordonnances et l’article 49.3. La marginalisation du Parlement a accentué la défiance, en particulier chez les partis systématiquement exclus du pouvoir. L’absence de recours comme les référendums accentue le sentiment d’impuissance. À gauche, des stratégies militantes de désobéissance civile cherchent à reconquérir l’influence, tandis que la droite reste attachée aux institutions. Selon le professeur de science politique, une démocratisation directe serait essentielle pour restaurer la confiance citoyenne.

©Laurent Sailly

Raul Magni Berton
Pétition contre une «loi votée sans vrai débat parlementaire» : mais au fait, QUI a détraqué la démocratie représentative française ?

Atlantico : La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a affirmé ce mercredi que la loi Duplomb serait promulguée « de toute façon », en dépit de la mobilisation record de près de 1,8 million de citoyens contre ce texte. Le succès de la pétition contre la loi Duplomb montre une perte de confiance dans les processus démocratiques français. Qui a fait perdre la confiance dans la démocratie représentative et dans la parole publique en France ?

Raul Magni Berton :
Il est important de souligner que le manque de confiance dans la démocratie représentative est un phénomène qui s’accentue dans tous les pays. Cela n’est donc pas quelque chose de spécifique à la France. Par conséquent, il est difficile d’identifier un responsable exclusivement français. Il est possible de constater que notre système représentatif ne fonctionne pas très bien. Sur le long terme, certains aspects, présents également dans de nombreux pays, font que les partis politiques finissent par coopérer un peu trop entre eux. Le jeu de la concurrence entre partis fonctionne alors moins bien. Ce phénomène s’est également produit en France.

Il est vrai que la confiance envers la démocratie représentative et ses institutions est particulièrement faible dans notre pays (la France est classée parmi les plus faibles des pays occidentaux en termes de confiance). Il faut aussi tenir compte de raisons très conjoncturelles. La confiance dans un système démocratique et dans la démocratie représentative dépend aussi du fait que, de manière alternée, l’un des camps soutenus par une partie des citoyens finit par l’emporter.

Avec la dissolution et la politique d’Emmanuel Macron, un gouvernement a été formé par une minorité qui a aujourd’hui aussi une minorité de sièges à l’Assemblée nationale. Par le passé, le système majoritaire permettait d’obtenir une majorité de sièges avec une minorité de voix. Le nombre de perdants s’en est donc trouvé accru, ce qui explique en partie la défiance : trop de citoyens perdent toujours, ne sont jamais gouvernés par leur parti préféré.

Lorsque les candidats aux élections triomphent, cela apporte davantage de confiance chez leurs sympathisants et électeurs. La confiance en la possibilité d’une future victoire est également source d’espoir.

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