Chantal Delsol : Covid-19, pourquoi notre impuissance persistante nous laisse pantois

Nous quittons une «période» de soixante-dix ans de prospérité pour entrer dans une «époque» selon la distinction de Péguy, argumente la philosophe. Les Français n’y étaient pas préparés par leur mentalité d’Occidentaux douillets et habitués à la sécurité.


Les années qui s’entassent pour former l’histoire ne se ressemblent pas toutes. Dans l’histoire d’une personne individuelle comme dans celle des peuples, il y a des moments de calme et d’autres de tempête. Il y a, disait Péguy «des périodes et des époques, des plaines et des points de crise». Les périodes traduisent des années calmes dans lesquelles l’existence se déroule avec ses rythmes naturels, dans la quotidienneté et le retour sans surprise des épisodes de la vie humaine et sociale. Parce qu’il s’agit d’un temps prévisible et serein, les peuples peuvent s’y permettre de réformer l’État, de sophistiquer le bien-être et la liberté. De la même façon un individu en pleine santé peut oser des aventures et perfectionner sa vie jusqu’au plus subtil. On peut tout se permettre par beau temps calme.

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Tandis que l’époque est un temps de tempête, où le quotidien se disjoint et se défait, où il faut, pour survivre, démanteler les règles et parfois profaner certains principes sacro-saints, parce qu’ici l’existence est en jeu. L’époque se définit par l’advenue, parfois soudaine et inattendue, toujours inquiétante, d’un événement qui bouleverse la vie quotidienne et la récuse.