Olivier Babeau et Charles Consigny : l'apprenti dictateur


.
«Geoffroy de Lagasnerie, un apprenti dictateur au micro» par Olivier Babeau

On aurait pu imaginer que le procès des attentats terroristes contre Charlie Hebdo suscite une défense unanime de la liberté d’expression et des Lumières. Près de cinq ans après les assassinats, les voix discordantes sont hélas de plus en plus nombreuses. France Inter nous a offert, le 30 septembre, 24 minutes d’un ahurissant prêche liberticide avec le «Grand Entretien» de Geoffroy de Lagasnerie. Les élucubrations antidémocratiques d’un «philosophe et sociologue» inconnu n’auraient que peu d’intérêt si elles n’étaient que le reflet d’une pensée isolée. Mais outre qu’elles ont reçu l’approbation enthousiaste d’Anne Hidalgo qualifiant ce discours d’«inspirant», elles sont surtout emblématiques d’une inquiétante vague d’intolérance qui monte.
L’interview laisse sonné et nauséeux l’auditeur qui a le courage de la subir jusqu’au bout. On reste confondu d’abord de l’argument développé à l’envi selon lequel le gauchisme intellectuel serait en France embryonnaire, naïf et impuissant pendant que des forces néolibérales triompheraient partout. Il en appelle au «maniement subversif des institutions» et à s’intéresser aux «cerveaux malléables», comme si cela n’était pas entrepris depuis longtemps avec succès par la gauche dans la justice ou à l’université (l’interviewé expliquant même partir donner une conférence aux étudiants d’un IEP). «Nous vivons sous la droite depuis quarante ans et on n’en peut plus», peste notre sociologue, qui s’est visiblement peu tenu au courant des alternances politiques.

LIRE LA SUITE SUR LEFIGARO.FR

Charles Consigny: «Pour Geoffroy de Lagasnerie une opinion juste est une opinion de gauche»

Qu’avez-vous pensé des propos de Geoffroy de Lagasnerie qui a déclaré sur France Inter qu’il ne fallait pas donner droit de cité aux «opinions (in)justes»?

J’ai entendu avec stupeur, mercredi 30 septembre dernier, le sociologue Geoffroy de Lagasnerie se plaindre sur France Inter d’un supposé échec des projets progressistes, et exprimer le vœu d’un espace médiatique où seules les «opinions justes» pourraient s’exprimer. Visiblement très passionnément de gauche, Geoffroy de Lagasnerie exprime une pensée articulée et contestataire où tout n’est pas absurde.

Quand il critique l’obsession de l’ordre, la violence perpétrée par l’Etat pour le maintenir, et quand il dit au fond, si je le comprends bien, que l’Etat ne sert plus, peu ou prou, qu’à sécuriser les dominants dans leur position en écrasant les dominés quand ceux-ci ont l’audace de protester contre le sort qui leur est fait (les gilets jaunes en savent quelque chose), on ne peut pas dire qu’il n’évoque pas là une réalité, qui persiste, qui s’installe, dans la dénégation de la classe dominante qui fait comme si tout allait bien et qu’il n’y avait rien, jamais, à redire.