Revue des Deux Mondes : Hannah Arendt peut-elle nous aider à penser la crise ?
Analyse
Hannah Arendt et l’événement : la crise comme expérience de la réalité
En 1964, dans un entretien avec Günter Gaus pour la télévision allemande, Hannah Arendt déclare bizarrement : « je n’appartiens pas au cercle des philosophes ». « Il y a déjà longtemps que j’ai définitivement pris congé de la philosophie. » Que veut-elle dire, celle qui passe pour l’une des philosophes contemporaines les plus célèbres ? Son rejet de la philosophie, tel qu’on l’entend à l’université, tient à l’importance de « l’événement ».
Tout commence pour elle le 27 février 1933, lorsque les nazis ont procédé à l’incendie du Reichstag, le Parlement allemand : « Ce fut pour moi un choc immédiat et c’est à partir de ce moment-là que je me suis sentie responsable [...] Mais il s’agissait d’une affaire politique et non pas personnelle [...] Tout d’abord, ce qui était en général du politique est devenu un destin personnel. »
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Analyse
Hannah Arendt aux racines du mal contemporain
En 1964, dans un entretien avec Günter Gaus pour la télévision allemande, Hannah Arendt déclare bizarrement : « je n’appartiens pas au cercle des philosophes ». « Il y a déjà longtemps que j’ai définitivement pris congé de la philosophie. » Que veut-elle dire, celle qui passe pour l’une des philosophes contemporaines les plus célèbres ? Son rejet de la philosophie, tel qu’on l’entend à l’université, tient à l’importance de « l’événement ».
Tout commence pour elle le 27 février 1933, lorsque les nazis ont procédé à l’incendie du Reichstag, le Parlement allemand : « Ce fut pour moi un choc immédiat et c’est à partir de ce moment-là que je me suis sentie responsable [...] Mais il s’agissait d’une affaire politique et non pas personnelle [...] Tout d’abord, ce qui était en général du politique est devenu un destin personnel. »
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MICHELA MARZANO
Analyse
Hannah Arendt aux racines du mal contemporain
Hannah Arendt, un penseur pour notre temps, serions-nous tenté d’écrire si la formule n’était vermoulue et ne disposait à toutes les captations idéologiques. Son œuvre mord en effet sur les crises que nous vivons, sur les défis qui nous assaillent – primat de l’économie sur la politique, obsession identitaire, guerre perpétuelle menée contre notre histoire, contre notre passé, société liquide, consumérisme, dissolution de la culture et de la figure de l’homme cultivé dans le culturel, réconciliation avec le passé, responsabilité et culpabilité collectives, crise des partis et de la représentation politique. Et l’on pourrait multiplier les citations:
« Toute époque pour laquelle son propre passé est devenu problématique à un degré tel que le nôtre doit se heurter finalement au phénomène de la langue [...] c’est sur la langue que viennent échouer toutes les tentatives de se débarrasser définitivement du passé. »
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Analyse
Hannah Arendt parmi les siens
Hannah Arendt n’a pas attendu le lendemain de la Seconde Guerre mondiale ni que les ronces aient recouvert la terre noire à Treblinka pour se montrer sévère à l’égard des juifs de sa génération, « les premiers juifs non religieux persécutés » selon elle. Elle leur reprochait notamment, sinon principalement, leur absence de conscience politique. Ce reproche prend une tonalité dramatique lorsqu’elle se penche sur le « cas » Stefan Zweig dans son compte rendu du Monde d’hier publié à New York en 1943.
« S’il avait parlé au nom du destin effroyable de son propre peuple, il aurait été plus proche de tous les peuples européens qui, dans leur combat contre leur oppresseur, se soulevaient également contre les persécuteurs des juifs. Les peuples européens savent mieux que celui qui s’improvise leur porte-parole, alors même qu’il ne s’est jamais soucié de leur destin politique toute sa vie durant, que le passé n’est pas si séparé du présent “comme si un homme, sous l’effet d’une violente secousse, avait été précipité d’un haut d’un sommet”. Pour eux, le passé n’est nullement “ce siècle dont le progrès, la science, les arts et les inventions magnifiques étaient notre fierté et notre foi à tous”. »
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« Toute époque pour laquelle son propre passé est devenu problématique à un degré tel que le nôtre doit se heurter finalement au phénomène de la langue [...] c’est sur la langue que viennent échouer toutes les tentatives de se débarrasser définitivement du passé. »
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BÉRÉNICE LEVET
Analyse
Hannah Arendt parmi les siens
Hannah Arendt n’a pas attendu le lendemain de la Seconde Guerre mondiale ni que les ronces aient recouvert la terre noire à Treblinka pour se montrer sévère à l’égard des juifs de sa génération, « les premiers juifs non religieux persécutés » selon elle. Elle leur reprochait notamment, sinon principalement, leur absence de conscience politique. Ce reproche prend une tonalité dramatique lorsqu’elle se penche sur le « cas » Stefan Zweig dans son compte rendu du Monde d’hier publié à New York en 1943.
« S’il avait parlé au nom du destin effroyable de son propre peuple, il aurait été plus proche de tous les peuples européens qui, dans leur combat contre leur oppresseur, se soulevaient également contre les persécuteurs des juifs. Les peuples européens savent mieux que celui qui s’improvise leur porte-parole, alors même qu’il ne s’est jamais soucié de leur destin politique toute sa vie durant, que le passé n’est pas si séparé du présent “comme si un homme, sous l’effet d’une violente secousse, avait été précipité d’un haut d’un sommet”. Pour eux, le passé n’est nullement “ce siècle dont le progrès, la science, les arts et les inventions magnifiques étaient notre fierté et notre foi à tous”. »
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SÉBASTIEN LAPAQUE
