Arnaud Teyssier : Philippe Séguin, l'incarnation du gaullisme et des remords d’une droite en déshérence
Valeurs actuelles. Lorsqu’on interrogeait Philippe Séguin sur le rassemblement des “souverainistes” de droite et de gauche, il répondait : « Tout est toujours imaginable. » Aurait-il fait partie du Front populaire de Michel Onfray et plus largement du mouvement souverainiste actuel ?
Arnaud Teyssier. On a souvent fait un parallèle entre Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement, au début des années 90, quand l’idée d’un tel rapprochement était très surprenante. Les partis politiques étaient beaucoup plus structurés, c’était quelque chose d’inconcevable, mais l’héritage de Maastricht a progressivement tout fait basculer sur le plan idéologique. Au sein de la droite comme de la gauche, on a vu qu’il y avait une absence d’unanimité. Cependant, Philippe Séguin n’a jamais franchi le Rubicon, même si Chevènement lui avait adressé des signaux. Il est certain que dans le débat actuel, la figure de Séguin manque. Mais il faudrait demander à Michel Onfray [contacté par Valeurs actuelles, Michel Onfray se serait réjoui d'accueillir Philippe Séguin : « Un véritable gaulliste, c'est-à-dire un souverainiste, a bien sûr sa place dans notre revue », ndlr].
Pourquoi a-t-il directement été opposé à Maastricht et à la “construction européenne” ? En quoi ses discours sur l’Europe prononcés en 1992 résonnent-ils aujourd’hui ?
Très tôt, il a compris qu’il fallait arrêter l’irréversible. Sur le fond, il considérait que c’était dangereux pour la souveraineté nationale mais surtout pour le principe démocratique. Contrairement à ce que l’on peut dire, il n’était pas anti-européen, mais il craignait – et l’avenir lui donnera raison – que le traité de Maastricht soit une machine infernale que l’on ne puisse pas arrêter. Une Europe qui se fasse contre la volonté des peuples et installe une mécanique purement financière, via la monnaie unique. Il voyait que cela allait se faire en catimini, sans débat de fond et sans que le peuple français sache vraiment dans quoi il s’engage. En se battant, il a réussi à obtenir un référendum, qui s’est joué de peu lors du débat face à François Mitterrand le 3 septembre 1992. L’annonce de sa maladie, quelques jours après le débat, mûrement calculée, quinze jours avant le référendum, a surement provoqué un réflexe légitimiste chez les Français, qui favorisera le “oui”, mais une fois encore de peu.
Vous dites qu'avec « vingt ans d’avance, Séguin énonce les termes d’un débat qui culminera en 2015-2016 avec les livres à succès d’Éric Zemmour ou Marcel Gauchet. » De quel débat parlez-vous ?
Les débats sur la mondialisation et la crise de la démocratie ont pris une grande ampleur ces dernières années. Dans des registres certes fort différents, des auteurs comme Eric Zemmour ou Marcel Gauchet ont montré qu’il y avait une réelle crise du politique... Lire la suite de l'entretien sur ValeursActuelles.com
