A-t-on le droit de parler de «menace russe»? - Par Gilles Andréani

Les déclarations du président de la République le 5 mars invitant le pays à un sursaut de son effort de défense face à la « Russie qui est une menace pour la France et pour l’Europe » ont ouvert un débat. Sans surprise, la Russie a dénoncé « une attaque russophobe », Sergueï Lavrov y a vu « bien évidemment une menace contre la Russie », cependant que Vladimir Poutine déclarait : « Il y a encore des gens qui veulent revenir à l'époque napoléonienne en oubliant comment ça s'est terminé. »


Gilles Andréani est professeur affilié à Sciences Po

En France, LFI, par la voix de Manuel Bompart a accusé le Président de susciter la peur pour réduire les avantages sociaux. Marine Le Pen a traité Emmanuel Macron de « va-t-en-guerre » et jugé la menace islamiste plus sérieuse que la menace russe, dont elle a reconnu avec réticence qu’elle existait, « comme il y a une menace américaine et une menace chinoise ». Jordan Bardella s’est dissocié de cette analyse, estimant qu’il y avait bien une « menace russe multidimensionnelle » mais qu’il fallait éviter d’entrer dans « une guerre larvée » avec la Russie, puissance nucléaire.

Des responsables de la droite modérée ont également critiqué les positions du Président. François Fillon, David Lisnard, qui a parlé « d’hystérisation », Hervé Morin « d’agressivité ». La presse Bolloré a dénoncé une manœuvre visant à redresser un pouvoir intérieur compromis, le JDD dénonçant le 9 mars « La surenchère de la peur » dans une pleine page où figurait une photo d’Emmanuel Macron ; ce dernier a réagi en appelant le journal à « mieux respecter la véracité des faits ».

Pierre Lellouche a, dans une lettre ouverte[1] au président de la République, écrit : « alors que Trump renoue avec la Russie, vous la désignez comme notre adversaire, voire même comme notre ennemie, faisant vôtre le leitmotiv de Zelensky : «Après l’Ukraine, Poutine prendra l’Europe». Un postulat hautement discutable au regard des piètres performances de l’armée russe après trois années de guerre contre un adversaire cinq fois moins nombreux et bien plus pauvre… »

Cependant, l’opinion française se montrait largement favorable à l’accroissement des efforts de défense, et souscrivait majoritairement à l’existence d’une menace russe[2].

Ce débat, peut-on le trancher et dans quel sens ? Il nous paraît indéniable que la Russie est une menace pour la France et pour l’Europe, mais ce qui la rend aujourd’hui plus aigüe n’est pas tant le surcroît, évident, de son hostilité envers l‘Europe, mais le repli de l’alliance américaine : ce repli fait de l’Europe l’ennemi principal pour la Russie, tout en démultipliant ses capacités de nous nuire, dès lors que nous sommes privés du soutien assuré des Etats-Unis.

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